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  • Marc Dugain: La Malédiction d'Edgar
    Ce roman fait revivre, à travers les Mémoires attribués à Clyde Tolson, adjoint mais surtout amant de John Edgar Hoover, lequel était à la tête du FBI de 1924 à 1972. Durant cette période, les dirigeants et autres grands personnages des États-Unis - tous morts aujourd'hui - ont été traqués jusque dans leur intimité.
  • Je suis le tigre sur tes épaules: Günter Ohnemus
    Vincent, jeune munichois de 17 ans, revient désemparé de son séjour aux États-Unis où il a vécu son premier chagrin d'amour. Passé ce sentiment d'échec, il rencontre Karen. Tous deux vivent une très belle histoire tant ils semblent unis par un lien aussi puissant que mystérieux. Mais le désir qu'ils ont de vivre un amour infini et tendre est menacé par l'ombre du passé. Le père de Vincent et la mère de Karen se sont aimés passionnément et l'un et l'autre s'efforcent à présent de séparer les jeunes gens.
  • Douglas Kennedy: Au pays de Dieu
    Voyage et rencontres insolites dans la «Ceinture de la Bible», le sud profond des États-Unis. Tableau du phénomène religieux qui frappe jusqu'à l'absurde une partie de la société américaine.
  • Elias Canetti: Auto-da-fé

    Elias Canetti: Auto-da-fé
    C'est l'histoire du savant Peter Kien, grand collectionneur de livres, qui ne vit que pour sa bibliothèque. Par faiblesse, il épouse sa gouvernante, femme ignorante qui s'empresse de le mettre à la porte et de vivre dans sa maison avec un amant. Son frère, qui est psychiatre, retrouve Kien dans le ruisseau, chasse les intrus et rend à son frère sa bibliothèque perdue: trop tard. Le savant devenu fou met le feu à ses livres et meurt dans l'incendie.

  • Boris Cyrulnik: Parler d'amour au bord du gouffre
  • Martin Winckler: Les Trois Médecins
    Pour devenir médecins - pour devenir des hommes - quatre étudiants et amis vivent plusieurs histoires à la fois: celle de leur formation, celle d'un grand amour, celle d'un engagement moral et politique, celle d'une profonde amitié. Des histoires comiques et tragiques. Des histoires où l'on vit pleinement et où, parfois, l'on meurt.
  • Josef Winkler: Quand l'heure viendra

    Josef Winkler: Quand l'heure viendra
    Dans un village de Carinthie un petit homme préparait à partir des ossements d'animaux abattus le brouet d'os à l'odeur putride dont on badigeonnait le pourtour des yeux, les oreilles, les naseaux et le ventre de chevaux pour les protéger des mouches, des taons et des moustiques. Cette étrange coutume sert de base à l'évocation du souvenir des morts que le village voudrait oublier. La question du triomphe de la mort et celle du mal sont posées, au travers de destins tragiques, sur un plan métaphysique et politique.

  • Paula Fox: Personnages désespérés
    Otto et Sophie vivent sans enfants dans une belle maison bourgeoise. Un soir Sophie se fait mordre la main par un chat errant alors qu'elle tentait de l'apprivoiser. C'est le début d'une série de petits désastres qui viennent gâcher leur vie.

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Leftround "Marie Madeleine et Jésus. Douze questions sur un mystère", Allez savoir!, octobre 2005 [Suisse] (fr)

Leftround "Flaubert, c'est moi", The New York Review of Books, 25 mai 2006 [États-Unis] (en)

Leftround "Who Was Shakespeare? The One and Only", The New York Review of Books, 11 mai 2006 [États-Unis] (en)

Leftround "A Mission to Convert", The New York Review of Books, 11 janvier 2007 [États-Unis] (en)

Leftround Risques et pollutions, Ministère de l'écologie et du développement durable [France] (fr)

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01.03.2009

Qu'en pensez-vous?

Les mal n'est pas une chose, il me prend pas demeure. Au contraire, c'est une absence de chose, l'absence de bien.

Jo Nesbø, Le bonhomme de neige, 2007, Gallimard, 2008

19.02.2009

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Recherches sur l’agressivité

Le Temps, 13 février 2009

Spy

Ratko Mladic accuse. Il élève la voix, occupe agressivement l’espace. En face de lui Thom Karreman, le commandant des Casques bleus de l’ONU dans l’enclave de Srebrenica, se tient, rigide, sur la défensive. Il explique qu’il dépend de son haut commandement. Il regarde un peu partout, sauf dans la direction de son adversaire. On est le 11 juillet 1995. À ce moment, selon les témoignages recueillis par le Fuse Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, la décision de massacrer tous les hommes bosniaques réfugiés dans l’enclave n’est pas encore prise.
Elle le sera dans la nuit. Et pour Stefan Kluseman, professeur de sociologie à l’Université de Pennsylvanie, cette entrevue sera déterminante: elle démontre au commandant des Serbes de Bosnie que ses ennemis – les Casques bleus et, par ricochet, les Musulmans – sont démoralisés, affaiblis. Fuse La violence peut éclater.
Stefan Kluseman a choisi d’étudier le moment où la pire des violences, celle qui débouche sur les atrocités ou, comme à Srebrenica, sur le génocide, se déclenche. C’est, estime-t-il, un moment crucial: quel que soit le contexte – et hors des cas de violence de masse préméditée et organisée – ce déclenchement reste aléatoire.
Car tuer face à face n’est pas facile. Il faut une combinaison d’émotions bien précise, où la riposte à l’agression tient peu de place et l’excitation de la domination émotionnelle sur un adversaire désormais maîtrisé beaucoup. En apprenant à mieux gérer et, le cas échéant, masquer leur peur, les soldats de la paix pourraient donc apprendre à devenir plus efficaces malgré leur marge de manœuvre militaire limitée.

Comprendre la violence, ses causes et les moyens de la prévenir, étudier les mécanismes à l’œuvre dans le cerveau des individus violents

[…] 5% d’hommes commettent trois quarts des crimes violents. Et c’est dès l’enfance qu’ils manifestent leur tendance à l’agressivité et au refus des normes: en comprenant mieux leur fonctionnement et leur développement, des progrès portants pourraient être faits dans la prévention.
[Plusieurs études] ont montré que le cerveau des psychopathes (qui forment une minorité bien spécifique de ces hyperviolents) diffère sensiblement de celui des autres criminels – et ressemble par certaines caractéristiques à celui de personnes dont le lobe frontal a été atteint par la maladie – ou amputé [Kent Kiehl, chercheur à l’Université du Nouveau-Mexique à Albuquerque].
Pourquoi? On n’est pas tout à fait aussi loin. Mais on a un bon candidat pour le rôle de «gène de la violence», [la] Fuse MAOA [1], dont l’action module le niveau d’un  Fuse neurotransmetteur [2], la sérotonine, disponible dans le cerveau. Tout seul, toutefois, relève Joshua Buck, de l’institut du cerveau de l’Université Vanderbilt à Nashville, le MAOA ne peut pas grand-chose. Mais combiné à des mauvais traitements dans l’enfance, une variation de ce gène est fortement associée à des comportements violents persistants.
Environnement – génétique, la tendance n’est plus à opposer les facteurs mais à tenter de comprendre comment ils se combinent. [Selon] Sheilagh Hdgins, du King’s College de Londres[,] si on sait désormais qui il faudrait étudier de plus près – le fameux 5% d’individus présentant des comportements asociaux persistants – on ne sait pas encore les repérer avec certitude dans l’enfance, ni analyser de façon convaincante leurs caractéristiques parfois opposées.
Sur un point, en revanche, on peut avoir des certitudes: le niveau de violence dans une société est clairement corrélé aux différences de niveau de vie. Plus la distance entre le 10% le plus riche et le 10% le plus pauvre d’une population est importante, plus la tendance à la violence augmente. Et pas de peu: on peut arriver à des multiples de plusieurs centaines.
Ce n’est pas nouveau mais de nouvelles études confirment et précisent: c’est bien la différence qui est déterminante, pas le niveau de vie lui-même. Et elle influence défavorablement toute une série de facteurs de santé mentale et physique, non seulement chez les plus pauvres mais aussi chez les plus riches.
Pourquoi? Peut-être, avance Richard Wilkinson, chercheur au Centre international pour la santé et la société de Londres, parce que le sentiment d’inégalité atteint la capacité à s’estimer soi-même, à nouer des relations protectrices avec les autres et à élever ses enfants dans un climat de confiance en eux et en autrui.
En tout cas, on tient là un facteur qui pourrait jouer un rôle déterminant dans la prévention. Mais, bizarrement, il est peu discuté dans le débat politique sur la violence. ■ Sylvie Arsever,  à l'occasion du symposium scientifique Fuse Latsis EPFL

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2. Lienexterne LeCerveau | Vulgaris-médical

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18.02.2009

La question de l'impérialisme et de l'anti-impérialisme

Le Nouvel Observateur, 22 janvier 2009

Spy

L'exemple romain hante les Américains

La comparaison [de la Rome impériale et des États-Unis contemporains] a été souvent faite. Les références romaines sont très présentes aux États-Unis (Fuse Capitole, Fuse Sénat), certains chefs militaires ont été appelés des Césars. Les bases américaines disséminées avec un modèle unique sont identifiées aux campements permanents des légions. L' Fuse American way of life a la même attractivité que le mode de vie des élites gréco-romaines. Comme à Rome, les pays étrangers tentent d'influer sur la politique étrangère par d'intenses campagnes de relations publiques et de groupes de pression.
Mais l'Empire est par définition une domination directe sur une pluralité de territoires et de peuples dotés de statuts juridiques différents. Les États-Unis ne sont qu'une gigantesque métropole dotée d'alliances multiples, mais sans colonies à quelques petites exceptions près. On fait alors le rapprochement avec la République romaine d'après les Fuse guerres puniques (équivalent de nos guerres mondiales), mais en même temps on évoque aussi les derniers siècles de l'Empire romain: Fuse le pain et le jeu seraient l'équivalent des programmes sociaux et des divertissements de masse. Mais l'Empire romain avait une économie agraire sans progrès technique, et la fiscalité imposée aux pays vaincus était le moteur de l'expansion territoriale. Les États-Unis jouent un rôle essentiel dans un système mondialisé des échanges. Néanmoins, en 1945, ils étaient de très loin la première puissance industrielle (40% de la production mondiale), d'où la notion d'«empire de la production». Aujourd'hui, ils sont le premier pays consommateur vivant à crédit, d'où la notion d'«empire de la consommation». En un sens, mais selon d'autres mécanismes, Rome était un «empire de la consommation».

La singularité de cet empire américain

Fuse Raymond Aron a parlé de République impériale. Il ne s'agit pas d'annexer des territoires mais de contrôler des voies de communication et d'assurer l'accès aux matières premières. L'hégémonie américaine repose sur un appareil militaire destiné à faire la «police» pour l'ensemble du monde industrialisé, voire des pays consommateurs. Le but n'est pas de constituer des monopoles ou des rentes puisque c'est le marché qui fixe les prix, comme le montrent les fluctuations extrêmes du prix du pétrole et des matières premières. En temps de paix, la politique impériale américaine permet de faire fonctionner le marché mondial. Implicitement elle dissuade d'éventuels compétiteurs de vouloir l'affronter militairement. Ils se trouveraient immédiatement isolés économiquement et totalement fragilisés. L'Europe, le Japon, la Chine ou la Russie doivent tenir compte de la puissance militaire américaine, la seule à disposer d'une capacité de projection massive à longue distance. Selon les régions du monde, les États-Unis jouent le rôle de régulateur des tensions internationales (Europe, Asie orientale) ou au contraire de perturbateur (Moyen-Orient).

Les Fuse anti-impérialistes

Les premiers à se définir comme anti-impérialistes sont les Américains hostiles à l'annexion des Philippines en 1898. Le plus célèbre est Fuse Mark Twain. Mais ce sont les Fuse marxistes qui ont fait de l'anti-impérialisme une arme politique. Dans un premier temps, ils ont fait de l' Fuse impérialisme un stade du Fuse capitalisme (pour Fuse Lénine, Fuse le dernier) fondé sur l'abolition du Fuse libre-échange, sur les Fuse monopoles et les Fuse cartels. Il se serait agi de constituer différentes rentes aux dépens des activités productrices. Les capitalistes auraient même ainsi les moyens d'«acheter» les classes ouvrières européennes en constituant un Fuse État-providence. Les marxistes s'en sont ensuite servis pour expliquer la guerre mondiale en en niant le caractère national. Le grand carnage européen serait ainsi une guerre menée par des rentiers voulant accaparer les ressources mondiales.
Si Lénine nie l'aspect national de l'évolution des pays capitalistes industrialisés, il voit dans le soulèvement des peuples colonisés ou dominés le moyen de précipiter la révolution mondiale. Son héritage comprend donc le principe cardinal d'alliance entre les Fuse prolétariats du monde industrialisé et les nationalismes des peuples colonisés que l'on incitera à suivre la voie Fuse socialiste de développement. L'anti-impérialisme a été le stade ultime du Fuse communisme après la révolution mondiale et l' Fuse antifascisme. Il a permis à la politique impériale de l'Union soviétique de s'étendre à l'ensemble du monde. Il a créé un sentiment collectif unissant les peuples du tiers-monde, les pays du bloc de l'Est et les révolutionnaires sans révolution du monde occidental. Tous avaient le sentiment de participer à une grande œuvre de libération universelle.
Mais les marxistes ont toujours été incapables de se libérer des écritures léninistes, car les empires coloniaux ont toujours joué un rôle marginal dans l'économie des pays industrialisés. Il y a bien eu un impérialisme collectif des pays industrialisés dans le monde dominé (monde musulman juridiquement indépendant, Amérique latine, Chine de la première moitié du XXe siècle), mais dans le cadre d'une «égalité d'accès», c'est-à-dire dans des structures concurrentielles et non monopolistiques et rentières. L'accès aux matières premières en temps de paix s'est fait dans le cadre de fixation des prix par les marchés reliant indissolublement les producteurs et les consommateurs.

La Palestine

La question de Palestine peut aussi s'analyser comme une colonisation de peuplement et Israël se pose en fragment du monde occidental en terre d'Islam et du tiers-monde. Pour tous ceux qui ont connu la domination occidentale, directe ou indirecte, Israël rappelle les éléments douloureux de leur propre histoire et maintient l'impérialisme au présent. Bien sûr, il existe d'autres éléments comme les affects religieux liés à la Terre sainte des trois religions monothéistes. L'impact de la Fuse Shoah a brouillé les repères entre l'antifascisme et l'anti-impérialisme. Il a poussé aussi à une indécente «concurrence des victimes»: les massacres coloniaux et les violences de l'impérialisme européen ont été mis scandaleusement sur le même plan que l'extermination des juifs d'Europe.

L'Iran

Il y a beaucoup d'exagération! Bien sûr, l'Iran est un grand pays doté de millénaires d'histoire. Mais […] l'inspiration de sa politique est plutôt défensive. Il cherche à établir sa sécurité. Au XIXe siècle, la Fuse Perse a été la victime d'innombrables ingérences, surtout britanniques et russes. Au XXe siècle, son territoire a été envahi par trois fois. Plusieurs de ses voisins sont dotés d'armements nucléaires. Il est presque encerclé par des bases militaires américaines. L'Iran a bien entendu une politique extérieure agressive, mais il s'en sert comme instrument de dissuasion pour protéger son propre territoire. Pour le reste, on a à la fois la dynamique d'un régime révolutionnaire institutionnalisé et la faiblesse d'un système économique dépendant en grande part des fluctuations de la rente pétrolière et fragilisé par les mesures de rétorsion américaines, en particulier dans le domaine financier.

Le djihad international

Il est incontestable que le Fuse djihad international reprend un grand nombre de thèmes des mouvements anti-impérialistes des époques précédentes, mais en les islamisant. Mais ces mouvements s'inscrivaient dans une perspective universelle de libération des peuples. Le djihad au contraire «essentialise» ses ennemis, les juifs, les croisés, en en faisant des entités permanentes, anhistoriques. Par ailleurs, il s'est déterritorialisé même s'il a voulu être présent sur nombre de champs de batailles: Afghanistan, Pakistan, Irak, Kosovo, Maghreb. Par sa dénonciation des régimes musulmans en place assimilés à l'ennemi, il participe de la logique de retournement de la violence libératrice contre les pays que l'on prétend délivrer. ■

Propos recueillis par Gilles Anquetil et François Armanet, de Henry Laurens, historien du monde arabe, titulaire de la chaire Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, à l’occasion de la publication de son livre, «l'Empire et ses ennemis. La question impériale dans l'histoire», Seuil, 2009

Les charmeurs de serpents indiens ont manifesté à Calcutta contre une loi qui signe, selon eux, l'arrêt de mort de leur activité

AFP, 17 février 2008

Spy

Cinq mille professionnels ont dénoncé dans la capitale de l'État du Bengale occidental une législation de protection de la faune sauvage prohibant l'usage à des fins commerciales d'animaux et donc les fameuses représentations dans les rues de flûtistes faisant sortir leurs cobras de paniers d’osier - c'est l'une des attractions touristiques du sous-continent.
«Charmer les serpents est un droit naturel et inaliénable. Nos ancêtres charmaient des serpents, nous avons grandi avec cela et c'est tout simplement la seule chose que nous sachions faire. [Un manifestant, 35 ans, qui s'est déjà fait mordre deux fois dans sa carrière]»
La loi est en fait en vigueur depuis la fin des années 1990 et les 800 000 charmeurs de serpents, dont 100 000 au Bengale occidental, s'estiment privés d'une partie de leur gagne-pain.
Dans l'Est, la plupart de ces hommes appartiennent à la communauté nomade Bedia,  de langue bengalie, dont le savoir-faire se transmet de génération en génération. Des milliers d'entre eux sont «au bord de la famine» et la loi «met en péril la survie même de la communauté Bedia vieille de 1000 ans et part intégrante du patrimoine du Bengale. [Un syndicaliste]»
Ils cherchent à obtenir du gouvernement régional une exemption à la loi ou tout au moins la création de fermes d'élevage de serpents où les Bedias pourraient travailler. De fait, en dix ans, bon nombre de charmeurs de serpents ont quitté les métropoles d'Inde, même si certains tentent encore leur chance à New Delhi en proposant des photos de leurs reptiles en compagnie de touristes occidentaux.
Mais pour les groupes de défense des animaux, ils ne sont que de cruels imposteurs qui maltraitent leurs serpents pour les entraîner à se dresser au son de la flûte.
Selon eux, les charmeurs de cobras ont l'habitude d'arracher les crocs des animaux, puis de les nourrir de lait, les promettant à une mort certaine une fois rejetés dans leur habitat naturel. ■

17.02.2009

Lire et penser librement le Coran

Le Nouvel Observateur, 22 janvier 2009

Spy

[On ne peut pénétrer le sens de la plupart des versets du Coran sans les replacer dans leur cadre historique. Ce qui était valable il y a quatorze siècles ne l'est plus forcément au XXIe. De nombreux croyants éprouvent une grande difficulté à admettre un tel discours.
Ce blocage vient du] postulat Fuse littéraliste (le strict respect de la lettre) qui irrigue la pensée majoritaire dans l'islam aujourd'hui. C'est une doctrine qui a progressivement pris corps après la mort du Prophète et qui, depuis, n'a cessé de faire des ravages dans les esprits. Elle repose sur un raisonnement à première vue imparable: le Coran étant la Parole de Dieu, il n'est pas tributaire du temps. Ses versets seraient ainsi formulés une fois pour toutes, et donc à prendre au pied de la lettre. […] Le croyant est alors confronté au syllogisme suivant: est musulman celui qui croit que le Coran est la Parole de Dieu. S'il doute de la validité absolue de ses versets, il doute nécessairement du credo selon lequel le Coran est la Parole de Dieu. Il n'est donc plus musulman! C'est ainsi que s'insinuent, au fond de chaque conscience, des déchirures entre le sens d'une vérité intemporelle et l'incapacité à adhérer à des prescriptions qui paraissent dépassées, entre la fidélité au texte et l'exercice de la réflexion personnelle.
[On sort de cette impasse par] une lecture sans a priori du Coran. Il se présente alors comme une «transcendance descendue dans le temps». Sa composante temporelle et son origine divine sont inséparables. C’est ainsi: Dieu a inscrit Sa Parole dans un espace et un temps humains déterminés. Le croyant qui vit cette parole sous d’autres cieux, en d’autres siècles, ne peut donc pas la prendre au pied de la lettre. Il est au contraire appelé à un effort d’interprétation. «Lire» le Coran, c’est-à-dire le comprendre, est du reste le premier devoir du musulman.
[…] Seulement les gens ne s'autorisent plus ce que les grands exégètes ont fait. C'est pourquoi […] il faut véritablement «penser le Coran», au lieu de le psalmodier en restant à l'écume du sens. D'où aussi ce retour en arrière aux premiers siècles. [Au moment où la révélation se faisait, de 610 à 632, en s’appuyant sur les autorités les plus indiscutables de l'exégèse, on] constate alors que la Parole de Dieu s'énonçait selon les circonstances, toujours particulières, et que le rapport des musulmans à Dieu n'était pas du tout ce que l'on imagine aujourd'hui. […] Par l'intermédiaire de Mahomet, les musulmans posaient des questions, avec toute leur candeur, sur tous les problèmes qu'ils rencontraient dans leur existence, et Dieu leur répondait. Il leur arrivait même de contester ce que Dieu disait! Par exemple, quand Mahomet leur dit que Dieu va les juger jusque dans leurs pensées, ils sont révoltés. Ils considèrent que c'est trop exiger d'eux, qu'on ne peut pas les condamner pour des actes qu'ils n'ont pas commis. Alors Dieu a abrogé le verset. Ce qui signifie que Dieu écoute, qu'il y a un dialogue entre le ciel et la terre. C'est extraordinaire. Les musulmans pouvaient demander à Dieu de changer d'avis! En leur donnant le sens de la responsabilité personnelle, l'islam leur apportait une vraie liberté. Rien à voir avec les croyants d'aujourd'hui qui prennent les règles émises par le Coran comme des lois immuables.
La question de l'abrogation, par laquelle Dieu remplace un verset par un autre révélé ultérieurement, est devenue un sujet tabou parce] que les implications théologiques de l'abrogation sont si lourdes que des voix ont commencé à s'élever, au cours du siècle dernier, pour la nier. En effet, la notion même conduit forcément à admettre dans le Coran des «avant» et des «après», soit une dimension temporelle. Ce qui signifie aussi que tous les versets ne sont plus imprescriptibles. C'était pourtant une évidence pour tous les commentateurs des quatre premiers siècles. Dieu pouvait décréter l'oubli total d'un verset, ou bien le retirer du Texte en en laissant la trace dans la mémoire des hommes. Ou encore, et c'est le cas le plus fréquent, conserver les deux versets - abrogé et abrogeant - dans le Coran. Nous avons ainsi maints exemples de couples de versets contradictoires.
Une source inouïe de complications est que nous ne possédons plus l'ordre originel des 6236 versets!] D'où l'importance de prendre en compte les circonstances de la révélation (les asbâb al-nuzul). Mais même avec le secours de ces textes, nombre de doutes subsistent. D'autant que certains versets ne sont éclairés par aucun des témoignages, eux-mêmes tardivement consignés. Alors, que l'on ne nous fasse pas croire que les choses peuvent êtres blanches ou noires!
[Évoquer ces sujets, cela ne risque pas de fragiliser l'islam...] En réalité, cela ne fragilise que l'a priori littéraliste dominant, mais tout le monde confond les deux désormais. Les musulmans ignorent trop souvent les formidables discussions qui se sont tenues dans les premiers temps, à propos de la Parole de Dieu, à propos de la nature de Dieu lui-même, de celle du Prophète... Au IXe siècle, tous les grands problèmes étaient déjà posés. Doit-on par exemple penser que la Parole de Dieu est elle-même le fruit de la raison? Est-elle distincte ou consubstantielle de Dieu? C'est le fameux débat sur le statut du Coran - est-il «créé» ou «incréé»? - qui a divisé les Fuse mutazilites, partisans du pouvoir de la raison, et les Fuse hanbalites, les représentants de la Tradition, qui rejetaient avec force la notion de libre arbitre humain. L'ennui, c'est que ce sont les seconds qui ont emporté la victoire, à Bagdad, à la fin de ce siècle qui avait pourtant commencé avec les traductions d'Aristote.
[Si le croyant admet la temporalité du Coran, il ne sait dès lors comment distinguer ce qui est relatif ou absolu dans la Parole de Dieu.] Il n'y a pas de méthode pour être musulman et appliquer le Coran. Même durant la vie du Prophète chacun avait son interprétation. C'est ce qui a donné tant de divergences, d'écoles de pensée, de rébellions... […] nous comprenons très bien le désir de croire en un dogme mais, en l'occurrence, le dogmatisme est réfuté par le Coran lui-même. Suivre aujourd'hui l'exemple des compagnons du Prophète, c'est donc faire le contraire de ce à quoi appellent les littéralistes. Il n'y a plus de sens à vouloir suivre au mot près les versets qui infériorisent socialement la femme ou ceux qui appellent les musulmans à défendre l'islam par le sabre. On ne peut pas appliquer de nos jours aux non-musulmans le traitement réservé jadis aux polythéistes qui avaient chassé le Prophète de La Mecque! Le croyant n'a plus à tricher avec sa conscience en contournant certaines prescriptions alors même qu'il se croit tenu de les suivre. Il retrouve sa liberté intérieure. Au fond, la seule règle essentielle. ■ Propos recueillis par Marie Lemonnier, de Mahmoud Hussein, pseudonyme commun de Bahgat Elnadi et Adel Rifaat, Français d'origine égyptienne, historiens de l’islam, à l’occasion de la publication de leur livre Penser le Coran, Grasset, 2009

16.02.2009

Les mécanismes en jeu dans la tête du consommateur d’informations

Le Temps, 9 février 2009

Psy

[…] L’information peut-elle, à l’insu de celui qui la reçoit, changer sa perception de la réalité, le manipuler, voire modifier son cerveau? […]
«Globalement, les gens croient ce que les médias leur disent. [Sébastien Bohler, neurobiologiste et journaliste scientifique]» Une expérience a ainsi montré que des jurés auxquels on donnait des coupures de journaux sur l’affaire dont ils s’occupaient, étaient autant influencés par ces articles que par les pièces à conviction. Ils prononçaient des peines plus graves après avoir lu des articles négatifs. Plusieurs mécanismes sont en cause, étayés par différentes recherches.
L’une d’elles montre que les consommateurs d’informations considèrent comme crédible une nouvelle qui a été traitée dans plusieurs médias. C’est que, […] lorsque nous n’avons pas les éléments pour nous faire une idée sur un sujet, nous nous rallions à l’avis de la majorité. C’est ce que l’on appelle l’heuristique de majorité. Alors que si une information paraît dans un seul support, on s’interroge sur sa véracité. Ce mécanisme produit des effets redoutables lorsqu’il est alimenté par un autre: la tendance de la presse à faire de la surenchère sur certains sujets chauds. […]
[Les] émotions, en particulier la peur, font diminuer le filtre cognitif. «Le Fuse cortisol [hormone libérée sous l’effet du stress], envahit la zone antérieure de notre cerveau et paralyse notre capacité à remettre en cause ce que l’on a vu ou lu.» Un processus auquel notre espèce doit certainement sa survie car, lorsqu’il y a un doute sur la présence d’un danger, mieux vaut fuir, même à tort. L’hésitation peut s’avérer fatale en présence d’un prédateur.
Si cette peur qui nous obscurcit le cerveau entre en résonance avec des croyances ou des craintes enfouies dans l’inconscient collectif – peur de l’ogre ou du loup, etc. –, cela peut déboucher sur une perception faussée de la réalité. «On se trouve face à des bulles médiatiques qui répètent en boucle une information anxiogène, sans rapport avec une augmentation statistique des faits. Comme les chiens tueurs, les enfants abandonnés dans les voitures, les patients décédés dans les couloirs des hôpitaux. Cela peut provoquer une véritable psychose collective.»
Par ailleurs, un principe d’économie cognitive veut qu’il soit plus facile pour le cerveau de ranger un sujet nouveau dans une catégorie ancienne. En effet, pour comprendre le monde, le cortex frontal gauche crée des catégories pour classer l’information. Ce qui consomme beaucoup d’énergie et demande un effort. «Il est plus facile de ranger une information dans une catégorie déjà créée, cela donne un sentiment d’aisance et de bien-être. Ce qui explique notre tendance à consommer une information déjà vue ou lue.»
Les images augmentent encore la portée de ces phénomènes. Car nous jugeons un évènement d’autant plus probable que nous arrivons à nous le représenter. C’est l’heuristique d’accessibilité. «Lorsqu’un journaliste s’applique à faire des schémas ou à montrer des images explicatives sur la grippe aviaire, les poulets incinérés, les malades dans les hôpitaux, il accrédite la thèse de l’épidémie. Alors qu’il n’y a eu que quelques décès dus au H5N1 dans le monde et aucun cas de malades chez nous, les gens se sont précipités sur le Tamiflu!»
Cela a bien sûr un impact social et politique. Les chercheurs constatent ainsi que les grands consommateurs d’informations surestiment parfois d’un facteur 50 les dangers d’agression. Et que des personnes exposées à des informations sur le terrorisme jugent des petits délits avec deux fois plus de sévérité que ceux qui n’ont rien vu ou lu sur le sujet.
La télévision exerce une fonction un peu particulière: la succession des images et le débit rapide du journaliste accentuent son pouvoir hypnotique. «Le cerveau doit fournir un gros travail pour assimiler une information rapide, mais il est grandement facilité si le sujet pense qu’elle est vraie. Si bien que plus on réduit le temps permettant d’assimiler une nouvelle, plus le téléspectateur pense qu’elle est vraie.» Le timbre de voix est également important: plus il est bas, plus le présentateur est crédible.
[…] Sébastien Bohler s’interroge aussi sur les raisons du succès des nouvelles liées aux people. «Le neuropsychologue anglais Robin Dunbar Fuse [1] observe que, pendant 99% de son histoire, l’homme a vécu dans des clans de 150 personnes au maximum. Les gens entre eux parlaient les uns des autres, en particulier des absents. Ces ragots étaient très importants, ils permettaient de déceler les brebis galeuses et de savoir à qui faire confiance. Aujourd’hui nous avons perdu cette appartenance clanique, en particulier dans les villes. Les commérages sur la communauté qui nous ont longtemps accompagnés sont remplacés par les chroniques people. Les gens qui s’y intéressent ont d’ailleurs des connaissances sur 100-150 personnes. Cela explique que l’on se sente mieux après avoir lu ce type d’information même si l’on n’a rien appris.»
[...] les thèses du neurobiologiste ne pèchent que par un aspect: elles ne permettent pas d’identifier le grand manipulateur annoncé en couverture de son livre. [...] Marie-Christine Petit-Pierre, à propos du livre de Sébastien Bohler, 150 petites expériences de psychologie des médias. Pour mieux comprendre comment on vous manipule, Dunod, 2008

1. Lienexterne Wikipédia1 | Wikipédia2 | Minidrapeauru Minidrapeaueua_2 BritScAss | Lifewithalacrity | NewScientist | Searchengineland | Texte Dunbar1 | Dunbar2 | Oeil_2 Dunbar3

15.02.2009

De la manière d'envisager la vie

Bookicon

Il est intéressant de contempler un rivage luxuriant, tapissé de nombreuses plantes appartenant à de nombreuses espèces abritant des oiseaux qui chantent dans les buissons, des insectes variés qui voltigent çà et là, des vers qui rampent dans la terre humide, si l'on songe que ces formes si admirablement construites, si différemment conformées, et dépendantes les unes des autres d'une manière si complexe, ont toutes été produites par des lois qui agissent autour de nous [...]. N'y a-t-il pas une véritable grandeur dans cette manière d'envisager la vie [...]?

Charles Darwin, Fuse Texte L'Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la Lutte pour l'existence dans la nature (traduction d'Édmond Barbier, Alfred Costes Éditeur, Paris, 1921)

Signefin

Qu'en pensez-vous?

Signal_conique_1

Vous [les femmes] ne pouvez pas briller au barreau parce que vous êtes trop gentilles. Vous ne pourrez jamais être des avocates d'affaires parce que vous n'êtes pas insensibles. Vous ne possédez pas un intellect supérieur. Vous ne pourrez jamais espérer obtenir les mêmes honoraires que les hommes.

Déclaration de Fuse Clarence Darrow à un groupe d'avocates. Pourtant considéré comme un progressiste au début du XXe siècle, il se montrait sceptique quant aux chances de succès professionnel des femmes dans le droit.

ClarenceDarrow2

Qu'en pensez-vous?

Signal_conique_1

Si aujourd'hui, s'agissant de la Fuse théorie de l'évolution [1], vous tenez pour un crime de l'enseigner à l'école publique, demain vous tiendrez pour un crime de l'enseigner dans les écoles privées, et l'année suivante vous tiendrez pour un crime de l'enseigner sur les estrades ou à l'église. Un peu plus tard, vous interdirez des livres et des journaux [...] jusqu'à ce que bannière au vent et tambour battant nous reculions triomphalement à la glorieuse époque du XVIe siècle, quand les bigots allumaient des bûchers pour y brûler ceux qui osaient apporter un peu d'intelligence, de lumière, de culture à l'esprit humain.

Fuse Clarence Darrow, avocat, extrait de sa plaidoirie pour défendre Fuse John Thomas Scopes, un jeune enseignant de Dayton, Tennessee, en 1925, dans le Fuse premier procès américain contre l'évolution

1. Lienexterne Wikipédia | CRNS | CVM | Darwinisme | Éduscol1 | Éduscol2 | Geopolis | Hominidés | Mystérieux | Oeil_2 CanalU | Texte Darwin1 | Minidrapeauru Darwin2

Compléments:

Lienexterne Où est le propre de l'homme?
Lienexterne La question du créationnisme
Lienexterne Relativiser la place de l'homme dans la nature
Lienexterne Le créationnisme

ClarenceDarrow

12.02.2009

Précarité et addiction au tabac

Libération, 6 janvier 2009

Spy

Une étude suédoise de 2006 portant sur 31 164 personnes a relevé un tabagisme beaucoup plus intense chez les chômeurs. La cigarette fait partie de la panoplie du déclassé, de l’exclu. Elle trompe l’ennui, la solitude. Elle coupe la faim. Mais surtout, le tabac est un antistress puissant. Un des effets de la nicotine est de provoquer un phénomène de détente. Alors, quand un fumeur traverse une période de difficile, il va naturellement ressentir le besoin de fumer plus.

La précarité modifie les comportements des fumeurs

Le tabac est une drogue qui coûte cher. Alors, quand vous êtes dans la misère, vous avez tendance à optimiser votre consommation de cigarettes. Mais on sait que cela entraîne des conduites encore plus dangereuses. Par exemple, fumer les cigarettes jusqu’à la limite du filtre ou réutiliser des mégots déjà fumés.
C’est très difficile [d’agir sur ce tabagisme]. La catégorie de population que l’on appelle «les précaires» est celle qui consulte le moins les médecins et, a fortiori, qui ne va pas chez les tabacologues. C’est la population la plus touchée et la moins protégée. Si on veut aider les fumeurs, il ne faut pas les traiter seulement comme des malades, mais aussi comme des êtres humains à la recherche de plaisir.
[En] augmentant le prix du tabac, on [risque d]’accentuer l’exclusion d’une partie des plus défavorisés. Le prix ne freine pas systématiquement l’addiction. Au contraire, on risque de provoquer un phénomène de tabagisme retranché, en marge de la société, qui s’appuierait sur le tabac de contrebande ou sur les ventes frontalières.
[…] la hausse des prix peut avoir une influence sur les petits fumeurs. Mais pour beaucoup de fumeurs dépendants, cela n’a pas d’incidence. Certains vont préférer réduire leurs loisirs, leurs dépenses en alimentation. Il y a aussi une part de morale judéo-chrétienne dans ce type de mesure qui consisterait à dire que le fumeur doit payer pour son vice. Mais pour amener les grands fumeurs à abandonner la cigarette, il faut susciter en eux le désir d’arrêter. Et le désir ne naît pas de la culpabilité, ni de la peur…

La consommation de cigarettes et la crise

Toute période de crise favorise les comportements addictifs. Pendant les guerres, l’alcoolisme et le tabagisme croissent. [Avec] la période difficile qui s’annonce, et la paupérisation, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le nombre de gros fumeurs ne diminue pas. ■

Propos de Robert Molimard, tabacologue, recueillis par Yann Saint-Sernin

10.02.2009

La théorie de l’évolution des espèces de Darwin, une actualité en pleine évolution

La Croix, 9 février 2009

Spy

Avant Fuse Darwin [1], que sait-on du monde vivant?

Depuis Fuse Ovide [2] (Ier siècle av. J.-C.), on sait que certains êtres vivants comme les insectes peuvent se transformer (métamorphose). Néanmoins, on pense que les espèces vivantes sont globalement immuables. Au XVIIIe siècle, Fuse Carl von Linné croit que celles-ci n’ont pas changé depuis la Genèse telle qu’elle est racontée dans la Bible. On parle alors de Fuse «fixisme». Mais son contemporain Fuse Georges Buffon, lui, pressent que la Terre est bien plus âgée que les 6000 ans estimés à partir de la Bible.
Plus tard, le paléontologiste Fuse Georges Cuvier, fixiste lui aussi, pense que l’existence des fossiles est le résultat de grandes catastrophes naturelles, de déluges, qui ont dévasté la surface de la Terre. Il s’insurge contre le «transformisme» de Fuse Lamarck [3] qui publie en 1809 La Philosophie zoologique, première théorie cohérente (bien que fausse) de l’évolution des êtres vivants, selon laquelle les êtres se sont progressivement complexifiés et spécialisés.
Lamarck attribue cette évolution à l’effet conjoint d’une tendance spontanée de la matière vivante vers le perfectionnement, et l’influence des conditions extérieures. Avec le célèbre exemple de la girafe qui, allongeant son cou durant toute sa vie pour atteindre les branches hautes des arbres, aurait eu une descendance au cou plus long, on lui attribue, à tort, la paternité de la Fuse Texte théorie de l’hérédité des caractères acquis. En effet, la  Fuse transmission des caractères acquis, c’est-à-dire non génétiques, avancée par Fuse Aristote, est admise par tous les biologistes, dont Darwin, jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Qu’est ce que la théorie de l’évolution de Darwin?

Dans De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle (1859), son œuvre maîtresse qu’il modifia légèrement jusqu’à la sixième édition parue en 1872, «Darwin propose deux principes: la sélection naturelle et la divergence. Toutes les deux ont pour base la variation des caractères des animaux et des végétaux. Si la variation transmise par reproduction sexuée est sélectionnée différemment, dans des populations isolées et au cours de nombreuses générations, alors peuvent émerger de nouvelles espèces» [Pierre-Henri Gouyon, professeur de génétique au Muséum national d’histoire naturelle].
Ces deux principes constituent le cadre de sa théorie, mais Darwin ne peut en expliquer les mécanismes intimes. Et pour cause, on ne les comprendra que plus tard. Il s’agit de variations chromosomiques ou géniques (Fuse mutations, associations de gènes lors de la formation des Fuse gamètes, brassage génétique lors de la Fuse fécondation), des notions découvertes ou comprises bien après la mort de Darwin. Ce dernier ignorait en effet les lois de l’hérédité des caractères génétiques publiées par Fuse Mendel en 1865, mais qui ne seront prises en compte que trente-cinq ans plus tard.

Quels en sont les principaux arguments?

Darwin s’appuie sur un faisceau d’observations et d’échantillons (fossiles dont certains vieux de plusieurs centaines de millions d’années, animaux et plantes vivants) issus de son voyage sur le Beagle (1831-1836), ainsi que sur ses expériences de croisement de pigeons et d’orchidées (découverte de l’effet de la sélection artificielle).
Dans la nature, l’exemple le plus connu est celui de la diversité de la taille du corps et de la forme du bec des pinsons de l’archipel des Galapagos, due à l’apparition de nouvelles espèces entre la côte équatorienne et les îles (spécialisation géographique). Depuis l’époque de Darwin, d’autres arguments ont été apportés, comme par exemple les indices morphologiques (la présence de vestiges de pattes chez certains serpents) et des indices moléculaires (le support de l’information héréditaire, l’ Fuse ADN, est le même pour l’ensemble du vivant).

DarwinBeagle

Quelles sont les avancées de la science depuis Darwin?

À la fin du XIXe siècle, Fuse August Weismann prouve que les caractères acquis ne sont pas héréditaires. On parle alors d’ultradarwinisme ou de Fuse néodarwinisme. Puis, la redécouverte des résultats de Mendel permet, au début du XXe siècle, l’émergence de la génétique, qui sera associée avec la théorie darwinienne pour donner la génétique des populations.
Durant les années 1930-1940, des scientifiques anglo-saxons de plusieurs disciplines (paléontologie, génétique, écologie, botanique, zoologie) combinent leurs approches et créent la «théorie synthétique de l’évolution». La façon d’appréhender le cours de l’évolution change aussi. Alors que Darwin considère que l’évolution se fait de façon lente et graduelle, par une série continue de micro-évolutions, dans les années 1970 Stephen J. Gould et Niles Elredge proposent la théorie des équilibres ponctués.
L’évolution comprendrait bien de longues périodes d’équilibre, mais celles-ci pourraient être ponctuées de brèves périodes de changements comme l’extinction ou l’apparition de nouvelles espèces. Ainsi, en 2004, des scientifiques ont publié le résultat du suivi d’une population de lézards sur une île de l’Adriatique. Sur une période de trente-six ans (un temps très court en matière d’évolution), ils ont observé chez ce lézard une augmentation de la taille, l’apparition d’une mâchoire plus puissante et une modification de l’intestin qui lui a permis de passer d’un régime insectivore à une alimentation herbivore! La théorie de l’évolution est bien un des socles de la biologie moderne.

Quelles sont les grandes questions en suspens?

L’un des sujets qui occupe actuellement les biologistes est celui des relations entre l’évolution et le développement embryonnaire. L’évolution peut-elle donner naissance à toutes les morphologies et adaptations physiologiques imaginables? Si l’évolution, comme le remarquait le prix Nobel François Jacob, «bricole», elle ne peut faire du neuf qu’en partant de l’existant.
Autrement dit, les lois de l’embryologie influencent forcément l’évolution. Mais jusqu’à quel point? Y a-t-il des événements incontournables dans l’évolution, existe-t-il une certaine forme de finalité, ou bien tout est-il fortuit? La biodiversité actuelle possède une certaine organisation. Y a-t-il des lois qui la gouvernent ou est-elle totalement contingente?

Quelles sont les idées fausses développées à partir de la théorie de Darwin

La théorie de Darwin, et surtout ses dérivés, a donné lieu à de nombreux clichés erronés, contresens, extrapolations excessives, voire même dévoiements, comme par exemple l’idée de «la survie du plus apte» développée par le philosophe Herbert Spencer (voir ci-contre) ou la sélection naturelle telle qu’elle est détournée par le nazisme. Autre raccourci dévastateur: «L’Homme descend du singe.»
Ce qui est faux, et provient très probablement de raccourcis journalistiques de l’époque. L’espèce humaine et les familles de grands singes (chimpanzé, orang-outan et gorille) ont un ancêtre commun et la branche de la lignée humaine serait apparue il y a environ sept à huit millions d’années, quelque part en Afrique, selon le paléoanthropologue Michel Brunet. L’homme ne descend donc pas des singes actuels. Ces derniers ont d’ailleurs aussi évolué. ■

Denis Sergent

1. Lienexterne L'Agora | Cosmovisions | Futura-Sciences

2. Lienexterne L'Agora | Cosmovisions | Texte Ovide

3. Lienexterne Bioscope

08.02.2009

La musique, le cerveau et nous

Le Nouvel Observateur, 8 janvier 2009

Spy

Il y a des sociétés sans écriture, mais pas de sociétés sans musique

Il est […] frappant de constater que l'écriture, dont l'utilité est pourtant si évidente, constitue une invention culturelle relativement récente (de nombreuses sociétés en sont d'ailleurs encore dépourvues), alors que la musique […] existe dans toutes les cultures connues, et que ses origines remontent à la plus ancienne préhistoire: on a récemment découvert des flûtes en os vieilles de plus de quarante mille ans. Que la musique possède ou non une «utilité zoologique» (mais la question pourrait s'appliquer à tous les arts), elle remplit des fonctions culturelles innombrables. Les humains sont enclins à chanter et à danser en rythme, que ce soit dans un contexte de rituel, de jeu, de travail ou d'amour. La musique autorise en outre une communion culturelle sans équivalent. Et elle permet d'exprimer et de communiquer certaines émotions avec une intensité et une limpidité dont le langage n'est pas capable. La musique semble bien être aussi essentielle à la vie humaine que le langage; peut-être même, comme l'affirmait Rousseau au XVIIIe siècle, se sont-ils développés ensemble à partir d'une forme primitive qui aurait été à la fois musicale et verbale, avant de diverger peu à peu. Mais nous ne saurons bien sûr jamais si tel fut le cas ou si au contraire ils ont connu un développement séparé.

Notre système nerveux est [...] adapté à la musique: les aires cérébrales liées et réagissant à la musique sont plus nombreuses que celles mobilisées par le langage

Si la capacité d'employer ou de comprendre le langage dépend d'aires cérébrales bien définies, situées dans l'hémisphère gauche, la représentation «cartographique» de la musique par le cerveau est, quant à elle, beaucoup plus diffuse: elle met en jeu non seulement les deux hémisphères, mais également des aires sous-corticales telles que les ganglions basaux et le cervelet. La perception d'une structure musicale mobilise une multitude de zones et de systèmes cérébraux; c'est encore plus vrai de la réaction émotionnelle à la musique. Cela dit, on ne peut pas [...] affirmer que c'est la musique, plus que le langage, qui «fait l'homme». L'aptitude au langage, qu'il se traduise en parole ou en signe, est présente chez tout être humain, alors que la sensibilité musicale varie d'un individu à l'autre. [...]

D'où vient la capacité d'émouvoir de la musique?

On peut dire que, entre les zones du cerveau impliquées dans la perception ou l'imagination musicale, d'une part, et celles que met en jeu la mémoire (l'hippocampe) ou l'émotion (l'amygdale), d'autre part, il existe une connexion fonctionnelle beaucoup plus étroite que dans le cas de la perception visuelle par exemple. Mais nous avons beau parler en termes généraux d'une musique dynamisante, apaisante, joyeuse ou triste, nous avons beau savoir que la musique peut nous procurer des frissons, nous ne parvenons toujours pas à comprendre ce que Schopenhauer appelait son «inexprimable profondeur», sa capacité à «reproduire toutes les émotions de notre être le plus intime, bien qu'elle soit entièrement dénuée de réalité concrète». Mais nous disposons aujourd'hui de techniques d'imagerie cérébrale extraordinaires, qui n'existaient pas il y a encore quelques décennies; et un jour elles seront peut-être assez affinées pour nous fournir les données neurologiques de notre réaction affective à la musique. Mais cela ne suffira pas forcément à nous faire comprendre le mystérieux pouvoir de celle-ci. Écouter de la musique est une activité non seulement auditive et émotionnelle, mais motrice également. «On entend avec les muscles», écrivait Nietzsche.

Ce qu'on a entendu dans la petite enfance peut rester «gravé» à tout jamais dans la mémoire...

On constate effectivement, y compris chez des gens relativement dépourvus d'«oreille musicale», une tendance involontaire à retenir et à «rejouer» (mentalement) certaines musiques, surtout celles qu'ils ont entendues dans leur prime enfance. La plupart des gens ont dans la tête une sorte de fond musical - des mélodies ou fragments de mélodies qui forment un arrière-plan intermittent, voire permanent, à leurs pensées et à leurs émotions - même si, le plus souvent, ils n'en sont guère conscients. Cela peut à l'occasion devenir une nuisance «sonore», comme dans le cas des scies, ces rengaines énervantes qui nous poursuivent pendant des jours. Néanmoins, [...] entendre de la musique dans sa tête produit des effets globalement positifs. Comme l'écrit Anthony Storr dans son grand livre «Music and the Mind», la musique intérieure peut soulager l'ennui, donner un rythme aux gestes et aux mouvements, diminuer la lassitude, redonner le moral - et aussi établir des connexions avec un inconscient profondément enfoui.

Propos d' Fuse Oliver Sacks, neurologue, professeur à l'Albert Einstein College of Medicine, New York, recueillis par Gilles Anquetil et François Armanet, à l'occasion de la publication de son livre, Musicophilia. La musique, le cerveau et nous, 2007, Seuil, 2009

OliverSacks

Les croyances ont-elles encore une prise sur la modernité?

Le Courrier, 23 janvier 2009

Spy

[…] Comme vient de le montrer la cérémonie d'investiture du nouveau président américain, la scène politique, d'une certaine manière encore, se nourrit de religieux. […] Une croyance est […] toujours d'abord partagée entre les individus d'une même société ou d'un même groupe. Elle implique ainsi en elle-même un rapport entre acte individuel et contexte collectif, et de toute façon entre un sujet humain singulier et un monde qui le dépasse. Parce qu'en définitive, il n'y a pas du «croire» que dans le religieux. Du croire se cache ou s'infiltre en effet dans ce qui fait l'«être-ensemble», le vivre commun, nos identités collectives, individuelles aussi. Dans le rapport à l'autre, à soi, à ce qui nous dépasse, nos appartenances, le rapport à la mort, les normalités et les transgressions. Ce qui nous constitue, et qui réagit parfois irrationnellement quand il se trouve touché. Bref, ce qui a donné telle forme à notre culture, à nos consensus de base, à ce qui fait notre histoire, nos traditions, nos manières d'agir et de nous organiser, notre «civilisation».
La culture chinoise, les sociétés islamiques, le patrimoine indou ou les monothéismes issus de la Bible ne sont pas ici semblables. Le croire touche ainsi une donnée qui traverse les religions, à laquelle les religions donnent forme, de façon diverse, centrale ou non selon les cas, mais qui les dépasse: il y du «croire» au cœur de toute vie en société, de fait et souvent implicitement, en deçà donc des organisations religieuses conscientes, assumées et instituées. La donnée ici en cause relève du symbolique qui organise nos visions du monde et de ce qu'est l'humain; elle relève du rituel aussi, avoué ou non, des pratiques, de nos organisations institutionnelles, politiques ou autres.
Croire, ou ne pas croire. Religions ou athéisme, ou au moins agnosticisme. Une ligne de partage qui traverse la modernité et qui ne peut être sous-estimée. Mais tout ne s'y résume pas. Le dossier est plus complexe. Au plan anthropologique et au plan de ce que les sociologues appellent le «lien social». […] Tous ne croient pas de la même manière. On peut être monothéiste ou non; et, en monothéisme, on peut croire de façon diverse […].
En outre, chaque tradition bouge et se modifie, aux prises avec des histoires complexes. Cette diversité des croyances est stimulante, pour chacun. Elle est source de conflits aussi, on ne le sait que trop. […]
Être croyant ou ne pas croire. La modernité a critiqué les religions, leurs traditions arbitraires, leurs violences, leurs illusions, leurs répressions à l'égard de l'autonomie personnelle. Elles y ont substitué du savoir critique et la visée d'une organisation démocratique de la cité. Tout «croire» a-t-il pour autant disparu? Ou le «croire» s'est-il déplacé, quitte à se modifier?
Dans nos sociétés qu'on dit volontiers «postmodernes», des sagesses anciennes séduisent. Issues de matrices religieuses autres. Orientales notamment. Mais nos sociétés les investissent comme sagesse justement; non comme religions. Ou les présentent comme équilibre de vie. Des voies à pratiquer ou à expérimenter. Non tellement un ordre de choses auquel donner sa «foi», en confiance (en latin, le mot foi veut dire confiance), dans un engagement d'existence où chacun risquerait sa vie en s'en remettant à une transcendance de forme personnelle. Mais plutôt l'expérience d'«énergies», plus anonymes, et sur lesquelles se «brancher». Au total, de la «spiritualité» peut-être. Mais autre qu'une religion justement. Le bouddhisme séduit, mais on dit en même temps, significativement, que ce n'est pas une religion.
Quant au philosophe français André Comte-Sponville, il écrit une «introduction à une spiritualité sans Dieu». Les croyances ne sont même pas en diminution. Tout en changeant en profondeur, elles se déplacent. Le montrent bien ce que les sociologues nomment «Nouveaux mouvements religieux», les raéliens, la scientologie, l'Ordre du temple solaire, d'autres encore. Ou encore, à l'intérieur des traditions héritées, la montée des fondamentalismes.
Tous différents mais tous réactifs; et tous quand même modernes: ce n'est pas pour rien qu'ils se présentent comme détenteurs de savoirs auxquels se rallier. Ainsi les créationnistes, tenant que la Bible a dit vrai en termes de savoir, et croisant le fer avec les tenants de l'évolution sur le même terrain qu'eux. Ou encore les sagesses anciennes s'affirmant détentrices de savoirs que les savoirs modernes ne veulent pas reconnaître.
Ces mouvements ou tendances ne se présentent pas vraiment comme religions qui assumeraient qu'elles répondent, au profond de l'humain et de sa vie en société, d'autre chose que du savoir, comme l'émotion esthétique relève elle aussi d'autre chose que du savoir, ou encore d'autre chose que de la morale.
Le religieux, avec ce qui s'y passe, est un bon baromètre d'une société donnée. Au travers des quêtes religieuses se disent en effet des refus, significatifs, et des désirs, tout aussi significatifs. Significatifs par rapport aux traditions: le christianisme en crise, le monothéisme accusé d'être trop intolérant, unifiant, totalisant. Et significatifs par rapport à notre présent: une société en perte de sens, désespérément technocrate, fonctionnaliste, déséquilibrée aussi dans son rapport à la nature, ou au cosmos.
On ne dira pas ici que ce sont d'abord la crise ou les recompositions des religions qui affectent notre vivre ensemble, et qu'il conviendrait de retrouver les forces du religieux aujourd'hui malmenées. Certains le pensent. Mais c'est selon un regard trop restrictif; souvent réactif, parfois simplement défensif ou conservateur. On tiendra en revanche que ce qui bouge dans le religieux ou à propos du religieux ouvre une interrogation sur l'humain, sur ce qui le constitue et comment cela se noue; de même que ce religieux renvoie à la société et aux cultures, ce qui les tient ou les traverse, ce qui leur permet d'évoluer ou non, avec, chaque fois, des chances et des risques.
Pr Pierre Giesel, spécialiste des institutions et des théologies chrétiennes à l'Université de Lausanne, à l’occasion d’un colloque organisé sur le «croire». Texte co-écrit avec Nadine Richon.

D'accord? Pas d'accord?

Signal_conique_1

Un sermon doit être comme la jupe d'une femme: assez long pour couvrir le sujet mais assez court pour être intéressant.

Propos du père Jerôme LeDoux, 76 ans, La Nouvelle-Orléans, in: "Chassez le démon", documentaire de télévision, diffusé sur la chaîne Arte

JeromeLeDoux

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