Le savoir est devenu indispensable aux entreprises
Bulletin du Credit Suisse, août 2008

[…] les flux d’informations sont tout à fait caractéristiques de notre société contemporaine. Si vous entrez le terme «savoir» dans Google, vous déboucherez ainsi sur plus de 150 millions de pages. En admettant que les informations contenues dans chacune de ces entrées soient saisies en une seconde par un salarié, il faudrait à ce dernier une bonne vingtaine d’années pour en venir à bout. Et le nombre de nouvelles pages qui apparaîtraient entre-temps est inimaginable. C’est bien là un autre trait de notre société: son infinie complexité.
Pour autant, et malgré ces flux de données, le savoir reste une chose rare, ce qui est moins paradoxal qu’il pourrait y paraître au premier abord. Car les données brutes sont en fait une accumulation de symboles, une suite de 0 et de 1 a priori sans aucun sens. Il convient donc de les ordonner pour en faire des informations dignes de ce nom.
Mais si les informations, elles non plus, ne sont pas rares dans la mesure où des sociétés comme
Bloomberg [1] ou
Reuters [2] les diffusent largement en les publiant au quotidien et en permettant à tout un chacun de les télécharger, de les transférer ou de les imprimer, il faut se garder de résumer le savoir à une accumulation de bribes d’informations.
Le savoir va bien au-delà de ce que contient l’information en elle-même, puisqu’il implique aussi son utilisation grâce à l’identification de schémas et de principes. Une distinction est ensuite faite entre la
connaissance «dure», objective, et la connaissance «molle»
[3], qui est elle issue de l’expérience.
La connaissance dure peut être formulée et consignée par exemple dans un mode d’emploi. Elle est dès lors conservable, transportable et transmissible à autrui. À l’inverse, la connaissance molle est le fruit de l’intuition et ne trouve pas sa retranscription dans une directive ou un manuel d’apprentissage. Elle a davantage trait au savoir-faire qu’au savoir à l’état brut et s’utilise notamment pour faire du vélo.
Avant l'nternet, la concentration des informations était à la base même de l’existence des entreprises. Les données et les informations étaient des denrées rares, gardées jalousement dans des centres de
recherche et développement (R&D). Ceux qui les manipulaient étaient des élites en blouse blanche qui défendaient bec et ongles leurs privilèges et leurs compétences. Et si la recherche débouchait sur une innovation porteuse de bénéfices, celle-ci était dès que possible protégée par un brevet. Mais, dans notre société actuelle de la connaissance, qui a fait de termes comme Wikipedia, Google,
open source et
time-to-market des expressions courantes, le modèle de la R&D d’antan semble dépassé, d’où la nécessité pour les entreprises de se remettre en question. Grâce au phénomène de réseau et aux flux globaux de données, la connaissance ne consiste plus en la détention d’informations sous leur forme brute mais en l’acquisition de données filtrées et traitées par l’intelligence humaine. Et ce sont les innovations au sein même de ces processus qui sont la clé des succès de demain.
[…]
Le savoir n’est pas rare, mais il n’a pas autant progressé que pourrait le laisser croire l’explosion de l’internet et du transfert numérique de données. En fait, ces nouveaux canaux ont rendu obsolètes les stratégies et méthodes traditionnelles d’acquisition des savoirs. Les entreprises doivent donc s’adapter […]. ■ Christian Etzensperger et Claude Maurer
3.
Aspes | Minist.f.Industr. [T]






Commentaires