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  • Marc Dugain: La Malédiction d'Edgar
    Ce roman fait revivre, à travers les Mémoires attribués à Clyde Tolson, adjoint mais surtout amant de John Edgar Hoover, lequel était à la tête du FBI de 1924 à 1972. Durant cette période, les dirigeants et autres grands personnages des États-Unis - tous morts aujourd'hui - ont été traqués jusque dans leur intimité.
  • Je suis le tigre sur tes épaules: Günter Ohnemus
    Vincent, jeune munichois de 17 ans, revient désemparé de son séjour aux États-Unis où il a vécu son premier chagrin d'amour. Passé ce sentiment d'échec, il rencontre Karen. Tous deux vivent une très belle histoire tant ils semblent unis par un lien aussi puissant que mystérieux. Mais le désir qu'ils ont de vivre un amour infini et tendre est menacé par l'ombre du passé. Le père de Vincent et la mère de Karen se sont aimés passionnément et l'un et l'autre s'efforcent à présent de séparer les jeunes gens.
  • Douglas Kennedy: Au pays de Dieu
    Voyage et rencontres insolites dans la «Ceinture de la Bible», le sud profond des États-Unis. Tableau du phénomène religieux qui frappe jusqu'à l'absurde une partie de la société américaine.
  • Elias Canetti: Auto-da-fé

    Elias Canetti: Auto-da-fé
    C'est l'histoire du savant Peter Kien, grand collectionneur de livres, qui ne vit que pour sa bibliothèque. Par faiblesse, il épouse sa gouvernante, femme ignorante qui s'empresse de le mettre à la porte et de vivre dans sa maison avec un amant. Son frère, qui est psychiatre, retrouve Kien dans le ruisseau, chasse les intrus et rend à son frère sa bibliothèque perdue: trop tard. Le savant devenu fou met le feu à ses livres et meurt dans l'incendie.

  • Boris Cyrulnik: Parler d'amour au bord du gouffre
  • Martin Winckler: Les Trois Médecins
    Pour devenir médecins - pour devenir des hommes - quatre étudiants et amis vivent plusieurs histoires à la fois: celle de leur formation, celle d'un grand amour, celle d'un engagement moral et politique, celle d'une profonde amitié. Des histoires comiques et tragiques. Des histoires où l'on vit pleinement et où, parfois, l'on meurt.
  • Josef Winkler: Quand l'heure viendra

    Josef Winkler: Quand l'heure viendra
    Dans un village de Carinthie un petit homme préparait à partir des ossements d'animaux abattus le brouet d'os à l'odeur putride dont on badigeonnait le pourtour des yeux, les oreilles, les naseaux et le ventre de chevaux pour les protéger des mouches, des taons et des moustiques. Cette étrange coutume sert de base à l'évocation du souvenir des morts que le village voudrait oublier. La question du triomphe de la mort et celle du mal sont posées, au travers de destins tragiques, sur un plan métaphysique et politique.

  • Paula Fox: Personnages désespérés
    Otto et Sophie vivent sans enfants dans une belle maison bourgeoise. Un soir Sophie se fait mordre la main par un chat errant alors qu'elle tentait de l'apprivoiser. C'est le début d'une série de petits désastres qui viennent gâcher leur vie.

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18.02.2009

Les charmeurs de serpents indiens ont manifesté à Calcutta contre une loi qui signe, selon eux, l'arrêt de mort de leur activité

AFP, 17 février 2008

Spy

Cinq mille professionnels ont dénoncé dans la capitale de l'État du Bengale occidental une législation de protection de la faune sauvage prohibant l'usage à des fins commerciales d'animaux et donc les fameuses représentations dans les rues de flûtistes faisant sortir leurs cobras de paniers d’osier - c'est l'une des attractions touristiques du sous-continent.
«Charmer les serpents est un droit naturel et inaliénable. Nos ancêtres charmaient des serpents, nous avons grandi avec cela et c'est tout simplement la seule chose que nous sachions faire. [Un manifestant, 35 ans, qui s'est déjà fait mordre deux fois dans sa carrière]»
La loi est en fait en vigueur depuis la fin des années 1990 et les 800 000 charmeurs de serpents, dont 100 000 au Bengale occidental, s'estiment privés d'une partie de leur gagne-pain.
Dans l'Est, la plupart de ces hommes appartiennent à la communauté nomade Bedia,  de langue bengalie, dont le savoir-faire se transmet de génération en génération. Des milliers d'entre eux sont «au bord de la famine» et la loi «met en péril la survie même de la communauté Bedia vieille de 1000 ans et part intégrante du patrimoine du Bengale. [Un syndicaliste]»
Ils cherchent à obtenir du gouvernement régional une exemption à la loi ou tout au moins la création de fermes d'élevage de serpents où les Bedias pourraient travailler. De fait, en dix ans, bon nombre de charmeurs de serpents ont quitté les métropoles d'Inde, même si certains tentent encore leur chance à New Delhi en proposant des photos de leurs reptiles en compagnie de touristes occidentaux.
Mais pour les groupes de défense des animaux, ils ne sont que de cruels imposteurs qui maltraitent leurs serpents pour les entraîner à se dresser au son de la flûte.
Selon eux, les charmeurs de cobras ont l'habitude d'arracher les crocs des animaux, puis de les nourrir de lait, les promettant à une mort certaine une fois rejetés dans leur habitat naturel. ■

06.10.2008

Notre société se préoccupe de plus en plus des bêtes (Suisse)

24 heures, 6 octobre 2008

Spy

«On est passés d’un anthropocentrisme à un zoocentrisme, où l’animal est présenté avec les caractéristiques d’une personne. D’où les mouvements de libération des animaux. [Emmanuel Gouabault, sociologue]»

Pas folle, elle est en ce moment dans une réserve près de Madrid. Il y fait plus chaud qu’ici. Peut-être y passera-t-elle son hivernage. Qui ça, elle? Fuse Max la cigogne, pardi! Dont on peut suivre les pérégrinations sur l'internet puisqu’elle est équipée d’une balise Argos. Fuse L’ourson Knut, du zoo de Berlin, a lui aussi déchaîné les passions. Sans oublier les chiens dangereux, les vaches devenues folles, les volatiles atteints de la grippe ou les ovins à la langue bleue.
Les animaux ont véritablement envahi notre espace médiatique. Même les politiciens s’y sont mis, en traitant avec une célérité surprenante du problème des peaux de chats. Au point qu’on se demande si la Fuse Journée mondiale des animaux [1], aujourd’hui, a encore une raison d’être.
Cette (omni) présence est-elle représentative d’un changement dans notre rapport à l’animal? C’est la question sur laquelle planche une équipe de sociologues de l’Université de Genève [qui épluche] la représentation dans les médias des bêtes à poil et à plumes, et ce de 1978 à nos jours. [4300 articles et 260 extraits de journaux télévisés ont été analysés dans les trois langues nationales.]

Notre rapport à l’animal a changé

On peut identifier trois moments importants. Au XIXe siècle, avec l’urbanisation, la société s’est coupée de la nature, puisqu’on crée des espaces où cette dernière est extrêmement contrôlée. Un fossé se crée entre les animaux de compagnie, qu’on bichonne, et les animaux de rente, utilitaires pour leur viande ou les expériences. Un deuxième tournant se marque dans la deuxième moitié du XXe siècle, où l’on commence à s’intéresser beaucoup plus au sort des animaux de rente. Et depuis une dizaine d’années environ, émerge l’idée selon laquelle la nature n’est pas si gentille mais s’accompagne de risques, comme la grippe aviaire par exemple.

Les animaux sont vraiment plus présents dans les médias depuis les années 1970

Environ deux fois plus. Mais ce qui est important, c’est qu’on constate que deux catégories focalisent l’attention. Les animaux montrés (comme Knut ou Max) et les indésirables (comme les chiens dangereux ou les vecteurs de maladies). On en parle quand il y a des crises, mais globalement l’animal est plutôt un «sujet d’été», où l’actualité est plus calme. Un exemple: les cas de Suisses qui mangeaient du chat ou du chien présentés l’été passé.

Manger du chat ou du chien, c’est culturel…

De plus, il y a l’idée que le barbare, c’est toujours l’autre – les Asiatiques ou les Suisses allemands, pour les cas cités l’été passé. Et cela réactive le fantasme du cannibalisme, puisqu’on considère nos animaux domestiques un peu comme nos enfants.

Il se dessine dans la société un mouvement général vers l’animal

On est passés d’un anthropocentrisme à un zoocentrisme, où l’animal est présenté avec les caractéristiques d’une personne. D’où les mouvements de libération des animaux. La frontière avec l’être humain est remise en question. Surtout qu’avec la grippe aviaire ou la vache folle, nous pouvons attraper leurs maladies. Dans les cas extrêmes, des gens sont prêts à tuer des êtres humains pour sauver des bêtes. C’est une forme d’écoterrorisme.

La Journée des animaux est-elle encore nécessaire?

En tant que sociologue, je n’ai pas à me prononcer. Mais à titre personnel, je pense que la relation aux animaux est loin d’être claire et évidente et qu’on a donc besoin de travailler là-dessus. Une telle journée permet sûrement des rencontres et de former des projets. ■

Propos d'Emmanuel Gouabault, recueillis par Stéphanie Arboit

1. Lienexterne JournéeMondiale

Complément: Lienexterne Minidrapeauru Animal representations in the media

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10.09.2008

La cause (subversive) animale gagne du terrain (Suisse)

L'Hebdo, 3 juillet 2008

Spy

Les animaux de rente sont de plus en plus considérés comme des choses, alors que les animaux domestiques sont toujours plus considérés comme des personnes

Si on regarde la manière dont on traite les animaux dans les élevages intensifs, il est évident qu'ils sont réduits à l'état d'objets, dont le propriétaire peut disposer à sa guise. Pourtant, les gens comprennent que les animaux sont sensibles, qu'ils ont un intérêt à ne pas ressentir de la douleur et qu'ils sont capables d'avoir du plaisir. Nous savons tous qu'ils ont une valeur intrinsèque qu'il faut respecter.
Il ne nous viendrait pas à l'idée d'enfermer un chat durant toute sa vie dans un espace réduit et confiné, dans le seul but d'être tué. C'est pourtant la condition qu'on réserve aux poules ou aux cochons. Pourquoi n'auraient-ils pas eux aussi droit à ce que leur valeur intrinsèque soit respectée? Un animal n'a pas d'intérêt à se faire tuer pour être mangé.
L'homme n'a pas besoin [de se nourrir de viande] pour vivre. On mange de la viande parce qu'on trouve ça bon. D'un point de vue éthique, la satisfaction de ce plaisir ne justifie pas la négation de la valeur des animaux. Ils ont un droit moral à être respectés qui prime sur notre bon plaisir.

Le droit suisse est l'un des plus attentifs au bien-être des animaux

[...] il est préférable de les faire souffrir le moins possible. C'est dans ce sens que va [la nouvelle] loi: elle veut agrandir les cages et éclairer davantage les étables. Seulement, la question fondamentale est de savoir s'il est légitime de considérer les animaux comme de simples ressources. Si on répond que non, la conséquence logique est d'abandonner leur exploitation.
[...] les réformes de régulation - qui rendent plus "humaines" les conditions de détention des animaux -  sont contre-productives. Car elles donnent une image positive de l'industrie de l'alimentation d'origine animale et bonne conscience à l'opinion publique. Je soutiens uniquement les réformes qui interdisent des pans entiers de l'exploitation animale, comme l'interdiction du foie gras ou des fourrures animales.

Les actions pour le bien des animaux

[Il faut arrêter d'élever,] d'utiliser les animaux, peu importe la raison: qu'elle soit économique, dans l'industrie de la viande ou laitière; scientifique, dans les laboratoires; ou sociale, comme dans les corridas, les combats de chiens, les cirques ou les zoos. L'utilisation des animaux comme compagnons devrait aussi être abolie... de même que les chiens d'aveugle.
Ces bêtes sont sélectionnées, reproduites, dressées dans le seul but de servir l'homme. C'est comparable à l'esclavage des Noirs. Bien sûr, les chiens d'aveugle ne sont qu'un exemple. La conséquence ultime de ma réflexion est qu'il faut abolir le droit de propriété sur tous les animaux.
[Les vaches et les poules] n'existent que parce que l'homme les a sélectionnés pour en faire des fournisseurs optimaux de viande, de lait ou d'œufs. Si nous respections vraiment la valeur intrinsèque de ces animaux, il faudrait arrêter de les élever. Il ne s'agit pas de lâcher des millions de poules dans la nature dès demain. Personne ne croit à une révolution.
Il faut commencer à se battre là où le soutien de l'opinion est déjà précaire: les cirques, les corridas, le foie gras, etc. Ensuite, il est de la responsabilité individuelle de chacun de boycotter les produits d'origine animale [non] seulement en renonçant à manger de la viande, du poisson, du lait et des œufs, mais aussi en refusant de porter du cuir ou de la laine. En Europe, c'est très facile à faire [...]. Ce Fuse véganisme n'est pas juste une question de style de vie, c'est un acte politique pour la libération animale. En plus, les quantités phénoménales de terres servant aujourd'hui à la production de fourrage pour des animaux de rente seraient à nouveau disponibles. S'ajoute à cela que la production de viande dégage énormément de CO2. Avec la crise alimentaire mondiale et le réchauffement climatique, ces questions finiront de toute façon par se poser. C'est pour cela que la libération des animaux sera le mouvement social de ce siècle. [...]

Le Fuse Front de libération animale (ALF)

Alf Les images avec un activiste cagoulé tenant deux lapins de laboratoire dans ses bras peut sembler ridicule. Mais l'histoire récente du mouvement de libération animale montre que l'action directe peut s'avérer très efficace. Seulement, une grande partie de ces actions sont illégales. Sont-elles légitimes pour le bien des animaux? S'agit-il de la bonne tactique à adopter? [...] à la deuxième de ces questions, les avis divergent: les uns disent que c'est contre-productif, les autres estiment qu'il s'agit du seul moyen de faire pression sur l'industrie animale. ■

Propos de Klaus Petrus, professeur de philosophie du fonds national pour la recherche à l'Université de Berne, recueillis par Titus Plattner

Alf2
(ALF)

Compléments:

Lienexterne Les bêtes ne sont pas une marchandise

Lienexterne Faut-il protéger les animaux jusqu'à l'absurde?

Lienexterne Entretien avec un activiste de l'ALF

11.08.2008

Les animaux peuplent l'imaginaire humain, ils sont un miroir de la relation de l'homme au monde

Le Courrier, 9 août 2008

Spy

Diabolisés, divinisés, mythifiés: depuis la nuit des temps, sur tous les continents, les animaux sont à la base des récits fondateurs de l'humanité, au cœur de ses échafaudages culturels et idéologiques. «Parler de l'animal, c'est parler de soi-même: l'être humain est un animal!. [Philippe Borgeaud, professeur d'histoire des religions à l'université de Genève]» Mais c'est aussi, toujours, parler des dieux. «Tous les récits premiers mettent en scène la relation humains-dieux-animaux, et toutes les religions sont construites autour de ce triangle.»
En Égypte par exemple, les animaux sont «presque un langage» [P.B.], ils dominent les hiéroglyphes et expriment la nature et les qualité des dieux (Anubis a une tête de chien, Bastet est une femme à tête de chat, Apophis est figuré par un serpent, etc.) – tout comme dans les civilisations indienne, chinoise ou japonaise. Ils sont au centre des représentations cosmogoniques des indigènes d'Amérique du Sud et du Nord, essentiels dans le chamanisme, la mythologie grecque et les fables. Plus près de nous, la littérature abonde toujours de figures animales. Des contes de fée aux loups-garous, des dragons et autres vampires à Moby Dick et Crin Blanc en passant par la figure du chat baudelairien, les animaux expriment les désirs ou les angoisses de l'être humain et traduisent ses relations avec le monde qui l'entoure. Aujourd'hui, les littératures métaphoriques que sont la science-fiction, le fantastique et la fantaisie mettent en scène des enjeux contemporains en réactivant un fonds mythologique commun.
«Les premières représentations préhistoriques figurent des animaux»[, comme par] exemple les fresques de la grotte de Lascaux [P.B.]. C'est que les premiers peuples étaient chasseurs, en contact continu avec le monde animal. Pour les chasseurs, l'animal vient d'ailleurs: «Il renvoie toujours à une sorte d'au-delà, dans un rapport anthropomorphe – dans leurs récits, les animaux vivent dans une sorte de monde parallèle au nôtre, mais invisible.» Lors de la révolution du néolithique (10 000 à 3000 av. J.-C.), le passage de la chasse à l'agriculture et à l'élevage transforme le statut de l'animal, devenu domestique, donc plus proche. Surgissent alors les premières figurations divines – Athéna, Zeus ou Jéhovah –, qui succèdent aux dieux esprits ou animaux. «Les dieux et les sacrifices sont apparus au moment où on passe de la religion de la chasse à la religion de l'élevage. Cela pourrait être lié à une nouvelle ritualisation du rapport à l'invisible», avance l'historien des religions.
Le monde d'alors est magique. L'animal représente des forces et des qualités qu'il ne faut pas contrarier, mais il est également nécessaire aux hommes pour se nourrir, se vêtir, etc. «Toutes les sociétés versent le sang de l'animal, métaphore du sang humain. Manger un animal fait ressurgir le fantasme de cannibalisme. D'où la nécessité de ritualiser le meurtre de l'animal, pour ne pas déranger l'ordre du monde et évacuer cette culpabilité fondamentale. [P.B.]» Dans les rituels de chasse, les chercheurs ont ainsi identifié l'existence de «comédies d'innocence», où on fait porter la faute du meurtre à quelqu'un d'autre. Quant aux sociétés de l'élevage, elles ont mis en place le rituel du sacrifice – qui concerne surtout les animaux domestiques. Son origine est expliquée dans de nombreux mythes, et sa pratique souvent définie par les textes religieux.
L'abattage rituel a disparu des sociétés chrétiennes [1], mais il est toujours pratiqué dans l'islam et dans le judaïsme. Globalement, nos sociétés occidentales cachent aujourd'hui le meurtre des animaux derrière les murs des abattoirs, lieux froids et industriels où l'animal, tué à la chaîne, semble réduit à une chose: «Mais c'est aussi une façon de ritualiser. [P.B.]»
Toute culture possède en outre son système d'interdits alimentaires, «qui n'est pas basé sur des raisons diététiques» [P.B.]. Cette classification, qui définit quels animaux sont purs et impurs, soit comestibles ou non [2], est à l'image d'un certain ordre social. «On a montré une homologie entre la manière dont une société classe les animaux (domestiques, sauvages, comestibles ou non) et les règles en vigueur au niveau du mariage (les individus plus ou moins épousables selon leur proximité). [P.B.]» D'où la fréquente utilisation de métaphores animales pour qualifier les femmes dans les sociétés primitives – une louve, animal à la fois sauvage et proche du chien, désignait ainsi une prostituée.
Sacrifices et interdits alimentaires s'intègrent dans un système symbolique dont la tâche est de régler les relations entre hommes, dieux et animaux. Mythes et religions représentent souvent des conflits d'origine, où les trois entités doivent se distinguer. Dans la Genèse, les animaux paraissent avant Adam, qui doit les nommer; dans certaines versions, il n'est pas satisfait et Dieu doit créer la femme. Adam et Ève sont chassés du paradis car ils ont mangé le fruit – tabou – de l'arbre de la connaissance.
Dans les fables, les animaux, anthropomorphiques, servent à distiller une morale. «Universelles, les fables se sont largement diffusées dans le temps et l'espace. On les trouve aussi bien dans l'Égypte ancienne, où des images montrent des animaux qui discutent et vont à l'école, qu'au Japon ou en Grèce. [P.B.]» Les fables du corbeau et du renard, du lion et du rat, ou du renard et de la cigogne sont attribuées au Grec Ésope (VIIe siècle–VIe siècle av. J.-C.), inspirateur de Jean de La Fontaine. Plus près de nous, c'est par son célèbre La Ferme des animaux que George Orwell a dénoncé le stalinisme.
Si le monde des fables est stable, celui des mythes abonde en métamorphoses et autres êtres hybrides. Dans la mythologie grecque, les dieux doivent prendre forme humaine ou animale pour apparaître aux hommes, alors que la métamorphose de ces derniers est une punition définitive. Un vaste jeu symbolique qui «propose des énigmes, mais pas de réponses» [P.B.]. D'Ovide à Kafka, les métamorphoses reflètent aussi la peur de l'autre, de l'étranger en soi.
Car l'homme est perplexe devant des forces qui demeurent pour lui mystérieuses: les figures mi-hommes mi-animales reflètent son angoisse face à une frontière entre humanité et animalité perçue comme incertaine. Dans la mythologie grecque, le centaure ou le satyre, mi-chevaux mi-hommes, «mêlent sauvagerie extrême et grande culture» [P.B.]: parmi les centaures brutaux et sauvages vit ainsi Chiron, grand sage, musicien, éducateur d'Achille et de Jason, qui connaît les plantes et possède des savoirs que les hommes n'ont pas. Quant au dieu Pan, mi-homme mi-chèvre, il a lui aussi un pied dans la nature, l'autre dans la culture.
Ces figures fabuleuses et monstrueuses ont peuplé l'imaginaire religieux jusqu'au Moyen Âge. Les gargouilles perchées sur les églises et cathédrales n'ont rien à voir avec les récits bibliques. Ces «grotesques», animaux étranges, se trouvent dans les marges – celles des cartes géographiques, celles des cathédrales. «C'est une façon d'entourer la normalité civilisée par une altérité inquiétante, une survivance du paganisme qu'on n'a jamais vraiment quitté [P.B.]». Ainsi, le Moyen Âge est riche en sorcières, mythes de l'homme sauvage, dragons, monstres imaginaires et autres loups-garous.
De nos jours, l'industrialisation de la société a éloigné l'homme du règne animal et la science a contribué à le démythifier. Après la psychologie et la psychanalyse, qui ont expliqué nos pulsions inconscientes, l'émergence de l'éthologie a permis de mieux connaître les animaux, devenus du coup moins effrayants. «On était plus loin des animaux au XIXe siècle, quand on ne prenait pas leur souffrance en compte. On leur prête aujourd'hui des sentiments et une certaine intelligence. [Claude Ecken, écrivain français de science-fiction]» Nathalie Labrousse, philosophe et spécialiste des littératures de l'imaginaire, voit dans le succès du végétarisme «la redécouverte de la proximité avec l'animal, liée à un interdit alimentaire». C'est aussi le retour d'une certaine culpabilité, alors que des espèces sont menacées et que la planète est en danger.
Mais certaines expérimentations scientifiques posent à nouveau la question des limites entre humains et animaux [3]. «Démythifier le monde animal était-il une bonne chose? Les mythes créaient des interdits qui permettaient de respecter un certain ordre du monde. [Lucie Chenu, anthologiste française de science-fiction]» En commençant à démontrer l'interaction nécessaire entre tous les éléments du vivant, la recherche écologique obligera peut-être les humains à repenser le monde entier comme un système. ■ Anne Pitteloud

1. Entre le IIe et le IVe siècle, le christianisme primitif a de plus en plus horreur des sacrifices sanglants. «Chrétiens comme païens sont dégoûtés, et le disent. [P.B.]» C’est alors que s’élabore l’eucharistie: «En s’offrant comme victime à Dieu pour sauver l’humanité définitivement, le Christ se présente comme l’agneau du dernier sacrifice. Après lui, le sacrifice a été aboli.»
2. Beaucoup de ces systèmes interdisent les animaux carnivores; alors que manger du chien est autorisé en Chine, il est tabou en Europe comme l’a longtemps été le cheval. Ainsi le Gaulois Vercingétorix, chef d’un peuple cavalier, aurait été vaincu à cause de son refus de manger du cheval lors du siège d’Alésia par les Romains. Affamés, lui et ses hommes ont capitulé.
3. En 2007, le gouvernement britannique a par exemple autorisé la création in vitro de «chimères» dans le cadre de recherches sur les cellules souches: il s’agit de placer des noyaux de cellules humaines au sein d’ovocytes animaux.

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08.08.2008

Victimes de la chasse et de la déforestation, les singes sont menacés particulièrement en Asie du Sud-Est et en Chine

lefigaro.fr/sciences/, 6 août 2008

Spy

Si la démographie humaine est galopante, celle de nos cousins les Fuse singes donne des signes inquiétants de faiblesse. Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), près de la moitié (48% exactement) des 634 espèces de primates, vivant actuellement dans le monde, seraient menacées d'extinction à plus ou moins brève échéance.
L'étude, réalisée à partir de données collectées par des centaines de scientifiques, a été rendue publique […] à Édimbourg (Écosse) lors du 22e congrès de la Société internationale de primatologie. Ce travail de recensement, le plus complet depuis 1996, montre que la situation est préoccupante dans pratiquement toutes les régions du globe et ne cesse de s'aggraver. Sur les 634 espèces étudiées, 303 figurent sur la liste rouge de l'UICN: 15% d'entre elles sont considérées comme «vulnérables», 22% «en danger» et 11% «gravement menacées d'extinction».
Singes, lémuriens et autres prosimiens paient en fait un lourd tribut à la destruction de leur habitat (incendies, défrichement des forêts tropicales, urbanisation) et à la chasse. Ces animaux, génétiquement si proches de l'homme, sont traqués pour leur viande mais aussi pour alimenter le marché des animaux de compagnie ou de la médecine traditionnelle chinoise. «Dans certaines zones, la chasse est une menace aussi sérieuse que la déforestation, les primates sont littéralement dévorés jusqu'à l'extinction», déplore Russel Mittermeir, spécialiste des primates à l'UICN.
C'est en Chine et en Asie du Sud-Est que la situation est de loin la plus mauvaise: 71% des espèces de primates vivant sur ce continent sont placées sur la liste rouge de l'UICN. Avec des animaux emblématiques comme le gibbon, l'entelle ou les langurs. Sans oublier l'orang-outang qui ne survit plus que dans les forêts de Bornéo, en constante régression. Ce continent rassemble les cinq pays du monde où la situation est la plus catastrophique: 90% des espèces sont menacées au Cambodge, 86% au Vietnam, 84% en Indonésie, 83% au Laos et 79% en Chine.
Mêmes causes, mêmes effets: le Mexique et le Guatemala arrivent derrière avec 67% de leurs espèces simiesques en danger. Sur l'ensemble du continent américain, la proportion est de 40%.
De même, il ne fait pas bon être singe en Afrique où 37% des espèces (chimpanzés, bonobos, colobes…) sont classées à risque, dont 43% à Madagascar, dernier sanctuaire des lémuriens. Deux espèces de colobes bais sont considérées comme éteintes.
À l'inverse, depuis 2000, les primatologues ont découvert 53 espèces de primates inconnues jusqu'alors, principalement à Madagascar. Autre signe positif: […] à Edimbourg, des primatologues américains ont déclaré avoir découvert une population de gorilles des plaines occidentales de plus de 125 000 individus dans deux régions très isolées du Congo-Kinshasa. Ces grands singes, qui restent tout de même menacés, seraient deux fois plus nombreux qu'on ne le croyait. Enfin, le tamarin lion noir (Leontopithecus chrysopygus), un petit singe du Brésil, a vu ses effectifs remonter depuis trente ans, grâce à une politique de préservation de son habitat. Un exemple qui prouve que le déclin de nos cousins primates n'est pas une fatalité. ■ Marc Mennessier

08.07.2008

Le statut des animaux

Le Courrier, 5 juillet 2008

Spy

Quel statut pour les animaux? La question agite le législateur, soucieux d'accroître le bien-être animal en accord avec les intérêts humains, et les radicaux de l'«antispécisme», qui prônent l'égalité pour tous les êtres vivants. […]

Le monde traverse une crise alimentaire sans précédent. Or l'économiste Jeremy Rifkin l'écrivait en 1992 dans son essai cinglant intitulé «Beyond Beef»: s'il y a surpopulation, elle est avant tout bovine! Le milliard et demi de têtes de bétail qui foule la planète occupe un quart des surfaces arables et consomme 60% de la production mondiale de céréales. Depuis les années 1950, la production annuelle de viande a été multipliée par cinq, atteignant 265 millions de tonnes. Elle devrait encore doubler d'ici vingt ans. Chaque jour, les abattoirs des États-Unis réduisent en steaks, côtelettes et ailerons 23 millions d'animaux, soit 16 000 par minute. À cette grande boucherie s'ajoutent le commerce de la fourrure, l'expérimentation, la corrida, les zoos, voire la domestication comme manifestations du calvaire des bêtes au royaume des humains. Pourtant, nos enfants et leurs nounours en sont convaincus, nous aimons les bêtes!
C'est en réaction à cette «schizophrénie morale» qu'une discipline est apparue au milieu des années 1970, d'abord en Angleterre: l'éthique animale. Des ouvrages comme «Animal Liberation», du philosophe et éthicien Peter Singer, et «Animal Rights», du théologien anglican Andrew Linzey, ont posé en termes radicaux le problème du statut moral des animaux. En se basant sur la propension des animaux à souffrir – incontestable du point de vue scientifique –, ils ont prôné l'égalité entre animaux humains et non humains.
Une remise en cause du spécisme, cette idée profondément ancrée – en particulier dans les civilisations de tradition monothéiste – selon laquelle les humains sont fondés à exercer leur domination sur les autres espèces. L'antispécisme a fait école, inspirant l'activisme clandestin de l'Animal Liberation Front, connu pour ses libérations d'animaux spectaculaires. Le mouvement s'est attiré de violentes critiques dans le monde scientifique, mais le débat est ouvert, qui débouche parfois sur de vraies réformes (lire page suivante). ■ Roderic Mounir

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17.06.2008

Les plus radicaux de la protection des animaux

L'Hebdo, 29 mai 2008

Spy

Le Front de libération animale

Les précurseurs de l' Fuseaction directe

Le Front de libération animale Fuse (ALF) [1] est né sur sol britannique en 1975, avant de s'exporter aux États-Unis où il a commis sa première action en libérant deux dauphins à l'Université d'Hawaii, et de devenir ensuite un des mouvements les plus actifs à travers le monde. Dépourvu de direction centrale, l'ALF se présente comme une galaxie de cellules autonomes qui utilisent le nom du mouvement à la manière d'une franchise. En théorie, l'ALF préconise la non-violence, mais pratique le sabotage. En septembre 2007, il a revendiqué la contamination de solutions pour lentilles que produit une filiale de Fuse Novartis [2]. Info ou intox? On ne sait pas. Quoi qu'il en soit, Novartis a retiré de la vente les flacons suspects.

L'Animal Rights Militia

Les partisans de l'action violente

Fondée en 1985 en Angleterre, l'Animal Rights Militia Fuse [3] n'hésite pas à provoquer des incendies ou à envoyer des colis piégés aux vivisecteurs. D'autres organisations vont jusqu'à utiliser des bombes. C'est le cas de Justice Department Fuse [4] qui revendique plusieurs centaines d'attaques sur le sol britannique. Ou du groupe Stop Huntingdon Animal Cruelty (SHAC) Fuse [5], né à la suite d'un documentaire de la BBC sur le plus grand laboratoire de recherche privé d'Europe (HLS), près de Cambridge, où se pratiquent des expérimentations sur les animaux. Une scission de SHAC a engendré une organisation plus violente encore: Revolutionary Cells - Animal Liberation Brigade Fuse [6].

Screaming Wolf

Les plus extrémistes de tous

Les ultras se revendiquent souvent de Fuse Gary Francione, avocat et professeur de droit américain, dont les écrits Fuse (Animal property and the law, Introduction to animal rights: your child or the dog?...) dénoncent le réformisme de ceux qui voudraient se donner bonne conscience en améliorant la conditon animale au lieu de lutter pour une abolition immédiate de toute exploitation. Aux États-Unis, on franchit un pas de plus dans la radicalité avec le Fuse Mouvement pour l'extinction volontaire [7]: considérant que l'espèce humaine constitue le problème principal, il milite pour sa disparition pure et simple. Une thèse reprise par le journal Earth First Letter avec des slogans antinatalistes commes "Les vrais écologistes n'ont pas d'enfants". Ou par les "libérateurs" américains de Screaming Wolf Fuse [8]: convaincus que les hommes sont des êtres fondamentalement nuisibles et incapables de s'améliorer, ils ne reculent pas devant les appels au meurtre. ■

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12.05.2008

Retour annoncé des farines animales: les vaches ne mangeront plus de vache (Suisse, UE)

Swissinfo, 12 mai 2008

Spy

Depuis la crise de la vache folle, ce que l'homme ne mange pas dans les animaux qu'il abat est brûlé. À grands frais. En Europe comme en Suisse, on prépare le retour dans les mangeoires de ces déchets transformés en Fuse farines. Avec un maximum de sécurité cette fois.
[…]
L'enjeu est à la fois économique et écologique. Lorsqu'il abat un bœuf ou un mouton, l'homme n'en mange en moyenne qu'un peu plus de la moitié. Et même pour le porc ou la poule, cette proportion ne dépasse pas 60 à 70%.
Résultat: au cours de sa vie, le Suisse qui mange de la viande laisse derrière lui plus de deux tonnes d'abats, de graisse, d'os, de cuir, de poils et de plumes.
Avant les interdictions, la plus grande partie de ces déchets étaient hachés, cuits, séchés et moulus en farine. Aujourd'hui, elle l'est encore, sauf que les farines finissent... dans les fours des cimenteries.
Car les déchets animaux contiennent beaucoup trop d'eau pour être brûlés tels quels. On doit donc passer par cette étape de transformation en farines, avec au final un bilan énergétique plutôt médiocre.
Et il y a plus: depuis l'interdiction des farines, on a remplacé les protéines animales par des protéines végétales, notamment de soja. Or, cette plante consomme beaucoup d'eau, d'engrais et de pesticides et l'extension de sa culture est responsable de vastes déforestations.
Sans compter que le soja industriel est souvent transgénique. Et que depuis quelques temps, son prix s'envole, comme celui des autres céréales.
[…] «D'un côté, on importe en grandes quantités et à grand prix des protéines végétales qui ne sont pas forcément écologiques et de l'autre, on brûle une grande partie d'une matière première qu'on pourrait réutiliser, par exemple pour nourrir les cochons» [Cathy Maret , porte-parole de l'Office vétérinaire fédéral (OVF)].
En France, les éleveurs de porcs ont obtenu de leur ministre qu'il transmette la demande à la Commission européenne. Bruxelles, qui considérait elle aussi l'interdiction des farines comme un moratoire, a débloqué 1,7 million d'euros pour faire examiner sa levée par l'Autorité de sécurité des aliments.
Rebaptisées PAT, pour «protéines animales transformées», ces nouvelles farines devront répondre à des normes très strictes. En Suisse, l'OVF a émis cinq conditions, dont Cathy Maret admet qu'elles vont «poser des problèmes aux producteurs».
Deux de ces conditions sont strictement sanitaires: il s'agit de ne fabriquer ces nouvelles farines qu'avec des morceaux qui ne présentent aucune risque et d'éviter toute contamination par une séparation stricte des filières.
«Aujourd'hui, on a des centaines de moulins qui font alternativement de l'aliment pour les bovins, puis pour les poules, et pour les cochons... À l'avenir, ce sera exclu. Il faudra un abattoir avec une filière pour le cochon, une cuisson des déchets qui ne prenne que du cochon et un moulin qui ne fasse que de la farine de cochon» [Cathy Maret].
On en est très loin. L'OVF estime qu'il faudra «des années et la volonté de toute la branche» pour y arriver.
Deux autres conditions que la Suisse pose au retour des farines ont, en plus de leur aspect sanitaires, un côté... philosophique, ou à tout le moins morale.
«Avec la vache folle, ce qui a énormément choqué, c'est que l'on faisait manger aux vaches, qui sont végétariennes, des protéines animales, et même de leur espèce. Donc en fait, les vaches mangeaient leurs congénères» [Cathy Maret].
Pour mieux respecter l'ordre naturel et pour éviter ce «cannibalisme» animal, il est donc prévu de maintenir l'interdiction des farines pour les espèces herbivores et de ne jamais donner à une bête des déchets de sa propre espèce.
En clair: les nouvelles farines ne seraient que pour les poules et les cochons. Les poules mangeraient de la farine de cochon et les cochons de la farine de poule.
Et enfin, cinquième condition fixée par l'OVF: pas question de lever l'interdiction avant que l'Union européenne ne l'ait fait.
[Aucune réaction en Suisse à ce jour.] En France par contre, les commentaires pleuvent sur les sites des journaux qui ont parlé de ce retour annoncé. Et leur ton montre que la peur et le rejet sont encore bien présents.
Du travail en perspective pour celles et ceux qui, comme Cathy Maret, vont devoir «vendre» cette décision aux consommateurs... ■ Marc-André Miserez

Les bovins ruminent 30% de nos céréales

Le Nouvel Observateur, 8 mai 2008

Spy«L'élite intellectuelle dans les pays développés trouve parfaitement normal de s'inquiéter de la surpopulation dans le monde, mais elle oublie toujours un fait. La vraie surpopulation, c'est celle du Fuse bétail L'auteur de ces phrases n'est pas un vachophobe excentrique ou un végétarien fanatique mais l'économiste américain Fuse Jeremy Rifkin, auteur, entre deux essais sur le travail ou les nouvelles technologies, du passionnant «Beyond Beef», un essai sur l'impact dévastateur de l'industrie de l' Fuse élevage. Surpopulation? Avec 1,4 milliard de vaches, notre planète croule en effet littéralement sous le bétail: le poids cumulé de tous ces ruminants est supérieur à celui de toute la population humaine avec ses 6 milliards d'habitants! Et c'est de pire en pire. La production de viande a été multipliée par cinq depuis les années 1950, pour passer à 265 millions de tonnes. Et devrait encore doubler sur les vingt années à venir. [1]
De quoi affoler les experts en alimentation, qui se demandent bien comment la terre pourra nourrir les 3 milliards d'humains supplémentaires de ces prochaines décennies. [2] La concurrence entre les animaux d'élevage et les hommes s'annonce très rude. Car 80% de l'alimentation animale proviennent de cultures qui conviendraient également à la consommation humaine: maïs, soja. À l'ère de l'élevage industriel, nos bêtes accaparent à elles toutes seules 60% de la production mondiale de céréales, soit 670 millions de tonnes! Un volume qui suffirait amplement à nourrir les 850 millions d'êtres humains souffrant de Fuse malnutrition [3]. En fait, d'un point de vue Fuse malthusien, la viande n'est pas «rentable». On estime qu'un Fuse végétarien consomme en moyenne 180 kilos de grains par an alors qu'un consommateur de viande en gaspille 930 kilos par an. Pour comparer le rendement de diverses spécialités agricoles, les agronomes calculent un taux de conversion alimentaire qui correspond au rapport entre le nombre de protéines consommées et produites. Pour obtenir 1 calorie de poulet, il faut ainsi environ 4 calories de nourriture végétale. Idem pour le porc ou les œufs. Pour le lait, on grimpe à 8. Et pour le bœuf, à 17, voire bien plus! En comparaison, la pomme de terre est bien moins gourmande, son taux de conversion n'étant que de 0,46. Et encore, on ne compte pas les besoins en eau: pour produire 100 grammes de bœuf, il faut 25 000 litres d'eau.
Glouton, notre cheptel est aussi expansionniste. Au total, l'élevage et la production des aliments pour le bétail squattent 78% des terres agricoles mondiales, soit 30% de toute la surface du globe, trois fois plus qu'en 1960. «Sur un hectare de terrain, un agriculteur peut nourrir une trentaine de personnes s'il le consacre à la culture de légumes ou de fruits. S'il produit des œufs ou de la viande, le ratio passe à cinq personnes. Et à beaucoup, beaucoup, moins, s'il ne s'agit que de viande rouge», dit ainsi Bruno Parmentier, auteur de «Nourrir l'humanité» et directeur de l'École supérieure d'Agriculture d'Angers.
Le plus insensé? C'est que toute cette bidoche est en priorité destinée à 0,1% de la population de la planète, l'infime petite minorité des riches de ce monde. Notre consommation de viande est passée de 30 kilos par personne et par an en 1919 à plus de 100 kilos aujourd'hui. C'est trois fois plus que la quantité préconisée par les organismes de santé. Non seulement notre régime carnivore affame la planète, mais il nous tue aussi par la recrudescence des maladies de «biens nourris»: accidents cardiovasculaires, diabète, obésité...
Et pour ne rien arranger, il contribue au réchauffement climatique. Selon un rapport publié en 2006 par la Fuse FAO [4], l'élevage est responsable de 18% des émissions des gaz à effet de serre. Soit plus que le secteur des transports! Avec leurs flatulences chargées de méthane, leurs tonnes de fumier gorgé de gaz hilarant, le fameux Fuse NO2 également des plus nocifs, sans compter les émissions d'ammoniac synonymes de pluies acides et leurs déjections qui polluent les nappes phréatiques, nos charmants Fuse bovins sont des périls verts à quatre pattes. L'extension de leurs pâturages fait des ravages. En Amérique centrale, 20% des zones sylvestres ont déjà été ratiboisées. Et c'est encore pire au Brésil, où 38% de l'Amazonie ont été sacrifiés pour les bovins. Une déforestation qui s'accélère avec les immenses plantations de soja destinées à nourrir nos vaches, toujours elles. Mon royaume pour une entrecôte. ■ Doan Bui

1. Lienexterne Veterarismus | Minidrapeaueua_2  MCSpotlight [T]

2. Lienexterne Agrobiosciences [T]

3. Lienexterne Feedingminds [T]

4. Lienexterne FAO [T]

Complément: Lienexterne la diffusion des espèces animales

Vaches

19.02.2008

Le rôle déterminant de la reine des fourmis dans le choix de la caste de sa progéniture

Le Temps, 15 février 2008

SpyQui nierait que les parents influencent le devenir de leurs enfants? C'est particulièrement le cas chez les insectes sociaux. Pour une Fuse fourmi femelle, deux destins possibles à la naissance: elle sera soit reine, soit ouvrière. Mais qui détermine son sort? […] dans une étude publiée [...] par la revue Fuse Current Biology, une équipe américano-suisse montre que, chez les fourmis moissonneuses, c'est la reine qui règle le sort de sa progéniture.
[Tout commence par une observation fortuite de Tanja Schwander, du département d'écologie et d'évolution de l'Université de Lausanne]: certaines colonies de fourmis Pogonomyrmex rugosus ne produisent pas de nouvelles reines.] Sachant que, sur le terrain, les nouvelles reines naissent seulement au printemps, les biologistes ont tenté de comprendre comment un hivernage - donc le froid - influence ce processus. Ils voulaient surtout déterminer si de basses températures ont un effet sur la reine pondeuse ou plutôt sur les ouvrières nourricières.
Pour répondre à cette question, ils ont mené des expériences d'adoptions. Ils ont pris des œufs pondus par des reines de colonies exposées au froid, et les ont placés dans des colonies adoptives qui n'avaient pas subi d'hivernage. Ils ont aussi mené l'expérience inverse. Résultat: seuls les œufs pondus par des reines ayant hiverné peuvent donner naissance à de nouvelles reines. Par contre, le fait que la colonie d'adoption ait subi un hivernage ou non n'a aucun effet sur le devenir des larves. En résumé: l'environnement agit uniquement sur la reine, qui peut donc influencer le devenir de ses œufs. Le fait d'exposer des ouvrières à des conditions de vie particulières (en l'occurrence de basses températures) ne semble pas influencer l'évolution des œufs.
[«Cette étude est très importante pour les entomologistes en particulier et pour les zoologistes en général. Désormais, plus aucun chercheur ne pourra ignorer que le choix de la caste par les ouvrières tel qu'il existe chez les abeilles n'est pas le seul modèle possible. (Serge Aron, directeur de recherches à l'Université libre de Bruxelles)»]
De son côté, [Laurent Keller, directeur du département d'écologie et d'évolution de l'Université de Lausanne,] pense que ce nouveau mécanisme de détermination de caste pourrait être relativement fréquent chez d'autres espèces de fourmis. Mais comment expliquer la différence avec les abeilles? «Peut-être que l'explication doit être cherchée dans la façon dont ces insectes sociaux forment de nouvelles colonies […]. Chez les fourmis, la nouvelle reine part seule fonder sa propre colonie. Il peut donc être avantageux pour elle de favoriser la naissance d'ouvrières uniquement, pendant quelques années, le temps de former une fourmilière assez grande pour être autonome. Chez les abeilles, par contre, les nouvelles colonies sont formées par des essaims; une reine ne se retrouve donc jamais seule. […] De manière générale, les mécanismes de détermination de la caste et du sexe chez les insectes sociaux sont assurément beaucoup plus variables et compliqués que ce que nous pensions. (L.K.)» […] ■ Yves Mattenberger

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